Retour sur la rencontre entre Wajdi Mouawad et le public le 11 juillet 2009, après la trilogie « Littoral, Incendies, Forêts » présentée au Palais des Papes en Avignon de 20h à 7h40 du matin !

15h13.  J’avais décidé d’être tôt sur les lieux. Quelques personnes déjà. Il est temps de m’asseoir. Le corpus du public ne va pas tarder.

15h20. La petite cour de l’École d’Art est aux trois quarts remplie. L’attente commence. Certains se restaurent ; beaucoup lisent « Voyage » (éditions POL – correspondance de W. Mouawad avec Hortense Archambault et Vincent Baudriller, directeurs du Festival d’Avignon) et même « Forêt ». Un, deux, trois, quatre…Pourquoi « Forêt » ? J’obtiendrai  peut-être la réponse d’ici peu.

15h25. J’écoute autour de moi. Rien n’est vraiment dit. Chacun se réserve. Une femme derrière moi  demande la date du jour. Oui, quel  jour sommes-nous ? Je ne le sais plus. Je ne vis qu’au rythme des heures du festival qui se succèdent. On nous prie de nous serrer sur les bancs. Nous sommes nombreux  venus  écouter la parole de l’auteur.

16h00. Wadji arrive. Simplement, comme invité à retrouver des amis pour partager un moment. Il s’assoit sur le côté, à la gauche du public. Le côté du coeur. Car nous sommes au coeur d’un public transcendé de ses mots. Il sourit.

Trois règles tiennent le jeu de l’échange :

1/ Partons des spectacles vus.

2/ Exprimons nos impressions, nos ressentis.

3/ Ne pas avoir peur du JE.

Les premières questions lèvent le silence. « Qu’est-ce que le triptyque vous a apporté ? »,  « Aimez-vous la peinture ? »,  « Ce bleu si Klein… », « J’ai été admiratif et chamboulé de l’aspect psychanalytique de chaque personnage », « est-ce que ce sont vos thèmes obsessionnels ? »

Et Wadji de nous dire qu’il y a trois semaines, à Chambéry, tout restait à être. Les acteurs des trois oeuvres  se rencontraient pour la première fois, il fallait articuler les pièces. « Littoral », « Forêt », « Incendie ». « Incendie », « Forêt », « Littoral » ? Quel ordre serait le plus juste pour un ton à donner dans la temporalité d’une nuit ? « Cela fait douze ans que je ne fais que ça. Je ne sais pas si j’ai appris quelque chose. C’est tellement moi. C’est tellement moi. Il y a deux mots importants : « Chagrin » et « Joie ». C’est ce que l’on voulait mettre en exergue pendant l’aventure en Avignon ».

Il avoue avoir tissé des liens imperceptibles pour le spectateur, tisser les toiles dans une immense fresque: quatorze hommes dans Incendie, quatorze femmes dans Littoral ; « c’est sûr » reprit par le notaire avec redondance, la chaise à trois pattes… Et le vent, oui le vent que l’on ne peut ignorer dans la mise en scène qui va glacer le spectateur tenace qui fut un, qui fut mille, ces nuits de représentations.

Oui, mais tout cela est une écriture. Il avoue ne pas réfléchir à ces thèmes. Il sait ce qu’il veut dire et transcrit spontanément les mots qui surgissent. « J’écris à la manière d’un enfant. Il faut que je sois le premier à être surpris. Si je le suis, le spectateur le sera. »

Se donner à penser. Pourquoi suis-je ? Pourquoi êtes-vous ? Et ces peuples, pourquoi formons-nous  des nations ? …

Wadji décrit l’ironie de son nom qui veut dire « La vie », celui qui est « La vie », patronyme écorché de tous, car sa famille se prénomme que de prénoms français. Il rit de la prémonition de celui qui est destiné à être, prédestiné à attraper le bonheur de vivre, comme on gagnerait le pompon au manège de la vie. Déterminé à assembler chaque instant pour défendre la femme, l’enfant, la destinée, l’amour, la famille, la haine. Un humaniste.

« Merci » vous a répondu à répétition  votre public qui vous a mangé, vécu et survécu dans la plus grande preuve d’amour, celle de vous avoir veillé une nuit jusqu’au petit jour ,sans envie de vous voir écrire le mot FIN.

Et j’ai quitté la conférence, convaincue d’avoir participé à un instant unique de votre théâtre, celui de la communication de votre raisonnement.

Diane Fonsegrive- www.festivalier.net

Photo: Dwayne Brow

 

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