En ces temps de repli sur soi, le Festival Off offre avec « …et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust » de Renaud Cojo un espace de rencontre inoubliable dont on aurait tort de se priver.

Ici, le metteur en scène est sur scène pour jouer de et avec lui-même, de son art, de ses obsessions, de son désir d’inventer le théâtre de son époque. Il convoque pour la circonstance Ziggy Stardust, figure mythique incarnée par David Bowie entre février 1972 et juillet 1973. Ce dédoublement de la personnalité, est le point de départ d’une réflexion vivifiante autour de Renaud Cojo et d’amis invités sur scène. L’espace scénique est ouvert à la fantaisie, celle qui relie les hommes, loin de toute hiérarchie inutile. Ici, la diversité a trouvé son langage, incluant le spectateur, tout autant dédoublé !

Renaud Cojo étire le temps, comme un élastique, pour s’affranchir des barrières chronologiques. Avec Internet (dont You tube) et au hasard des rencontres, il est allé chercher où se cachaient les doubles de Ziggy Stardust. L’un d’eux est même sur scène (troublant Eliott Manceau) pour accompagner musicalement ce théâtre où l’image vidéo, la webcam, offrent des angles de vue qui quadruplent notre vision ! Nous voilà ainsi immergés dans ce processus psychique qui conduit l’individu à ouvrir son identité, à  construire sa toile, via internet, pour ne jamais s’isoler.

Dans une vidéo, Renaud Cojo, coiffé et habillé comme Ziggy Stardust, s’inclue dans le processus en filmant, caméra cachée, une séance savoureuse chez un psychanalyste (lui-même très au fait de l’histoire de David Bowie). Loin d’être futile, cet échange est d’une belle profondeur où s’opère la rencontre entre l’art et la psychanalyse. C’est le début d’un maillage à partir du sens qui ne se perdra jamais.

Il accepte d’inclure sur scène Romain Finart, étudiant bordelais, qui souhaitait faire un stage dans sa compagnie « Ouvre le chien » autour du processus de création. Le voilà invité lui aussi à faire un pas de côté : pour appréhender un tel processus, autant le vivre, en se créant soi-même « son » Ziggy Stardust ! Avec son fauteuil roulant, Romain irradie de sa justesse par sa posture d’observateur – acteur, et offre à Renaud Cojo toute la sensibilité qui lui évite de glisser vers la caricature. 

En multipliant les contextes sans jamais perdre le sens (« retrouver Ziggy Stardust avec ce « nous » réunifié »[1] ), en ouvrant la scène à tous les possibles tant qu’ils permettent la « rencontre », Renaud Cojo crée un théâtre qui fait du bien parce qu’il promeut la figure de l’amateur éclairé et participe à l’émancipation du spectateur en lui offrant sur un plateau, la psychanalyse comme  lecture d’une démarche complexe, émouvante et vitale.

Renaud Cojo est peut-être né sur scène, en Avignon. Il nous vient lui aussi de Mars. Accueillons-le, le temps d’une introduction, pour réunir ce que nous aurions dispersé.

Pascal Bély – www.festivalier.net

« …et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust » de Renaud cojo à la Manufacture, Festival Off d’Avignon, à 14h10, jusqu’au 28 juillet 2009.


[1] Citation de Renaud Cojo issue du dossier de presse.

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