Parmi la profusion des propositions du Off, il en est une qu’il est urgent de voir parce qu’elle (r)éveille le spectateur, l’émerveille et le positionne à la traversée des chemins. Urgent, car en cette période d’abondance théâtrale, il convient d’aller directement au sens, sans détour inutiles pour trouver de multiples réponses à la question : pour quoi le théâtre ? « Le bal de Kafka » de Timothy Dalty, mise en scène d’Isabelle Starkier pour la Compagnie Star Théâtre, est une ode à l’espace transversal où littérature, culture yiddish, leçons sur le théâtre et la danse, tissent une toile où le spectateur tire les ficelles des marionnettes de ce conte dont la principale force est dans sa résonance avec nos histoires singulières.

Sur scène, Kafka, habité par l’exceptionnel Sébastien Desjours, fait corps avec sa table d’écriture. Tout autour de lui, parents, soeur et fiancée entrent pour jouer leur numéro d’équilibriste au sein d’une famille où la culture yiddish créée les chemins tout tracés.  Tout  semble donc déjà écrit et comme dirait Kafka, « ma famille a été crée spécialement pour moi ». Mais tout paraîtrait si linéaire présenté ainsi. Cette famille a aussi son double, celle du théâtre !

Revoilà les mêmes personnages, mais affublés de masques comme des fantômes bienveillants qui donnent la force à Kafka d’être le comédien (car suffit-il d’écrire pour survivre parmi eux ?) ; Et l’on assiste médusés à la lente métamorphose d’un homme qui lutte contre les cafards pour les transformer en papillon, qui échange son bégaiement pour la folle mécanique du poète, qui renonce au « je » pour avancer grâce au « jeu ». Le tragique et le rire se côtoient en bonne intelligence parce que la mise en scène n’oublie jamais que nous savons faire la part des choses. Et c’est ainsi que nous rions par amour pour Kafka et pour cette famille de dégénérés qui ne peuvent imaginer un « mariage juif intime » et qui ne voient même pas le danger de confier à un écrivain l’usine d’amiante qu’elle possède ! Ces comédiens, tous exceptionnels, nous aident à comprendre qu’il ne suffit pas de vouloir empoisonner sa famille si l’on n’endosse pas le rôle de l’assassin.

Finalement, le spectateur ne cesse d’être propulsé entre deux réalités qui finissent par n’en former qu’une : celle de notre condition humaine, traversée de paradoxes et où seul le théâtre peut nous aider à nous en amuser pour mieux les apprivoiser.

Pascal Bély

www.festivalier.net

« Le bal de Kafka » , mise en scène d’Isabelle Starkier au Théâtre des Halles à 14h jusqu’au 30 juillet 2009.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *