Pour le Théâtre du Merlan, situé au nord de Marseille, « comment, entre refoulement et exhibitionnisme, représenter le sexe » ? Le théâtre, espace chaotique par excellence, pourrait donc s’emparer du sujet, pour proposer une troisième voie, « lever le voile » et « aller à la rencontre de l’imprésentable ». C’est à l’auteur et metteur en scène Pierre Meunier avec « Sexamor » que revient la responsabilité de répondre aux programmateurs du Merlan lors d’un cycle sur le sexe (sic).  Leur créativité est sans limites pour attirer vers eux les spectateurs déboussolés du centre-ville de Marseille et le cas échéant, ceux des quartiers nord dont on se demande s’ils n’ont pas déserté l’endroit. Le sujet, vu sous cet angle, ne relie pas les habitants de la ville…

Pierre Meunier se tient debout, entouré de poids suspendus avec lesquels il fait tanguer ses mots. Il clame tel un navigateur et part vers sa « destinée ». Métaphore d’un spectacle qui aura bien du mal à se délester de ses lourdeurs comme en témoigne l’arrivée sur scène de la promise (Nadège Prugnard). Emprisonnée dans une bulle (symbole du préservatif ?) suspendue et actionnée par deux machinistes, la scène n’en finit pas et le sens se dilue dans les contractions du plastique. Poussif.

Les voilà maintenant réunis pour vivre une série d’épreuves, de parcours d’obstacles où l’on navigue entre fête foraine, concours Lépine pour stimuler l’amour, séances sado-maso (autant mettre à contribution l’univers mécanique du plateau et les machinistes). Les textes sont souvent de toute beauté, où les mots jonglent, étourdissent et projettent le spectateur sur l’aire de jeux du fantasme amoureux. Mais, la poésie se perd dans cette scénographie envahie d’objets mécaniques, où l’un est toujours à la commande pendant que l’autre s’exécute. Le sexe est effleuré, bien souvent cantonné au dilemme posé par le Merlan donc rarement transcendé. La relation ne prend pas corps comme s’ils jouaient côte à côte. Cela devient puéril, sans beaucoup d’intensité dramatique, où la scène est un espace de démonstration plus que d’interpellation. Certes, on ne se décourage jamais. On attend juste d’en finir d’être observateur.

Le propos, si conformiste, serait-il à l’image d’un pays qui s’ennuie, même au lit ?

Pascal Bély – www.festivalier.net

A voir le reportage de France 3 sur CultureBox.

« Sexamor » de Pierre Meunier a été joué du 1er avril au 3 avril 2009 au Théâtre du Merlan de Marseille.

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