Le collectif Franco-Viennois Superamas salue de loin le public et balance une vidéo comme générique final d’«Empire (Art et Politics)« . Les spectateurs bougent à peine, passifs. Il ne manque plus que les popcorns ou la part de pizza, c’est selon les goûts, pour se croire devant la télévision. Vision terrible d’une absence totale de réactivité face à une proposition présentée comme subversive alors qu’elle n’est qu’un enfilage de fausses perles disponibles au rayon bobo du BHV. Il me revient d’expliquer cette métaphore, seul refuge pour le blogueur de donner un peu de sens à sa posture de spectateur engagé, afin de dénoncer cette vision misérabiliste du théâtre.
L’idée de départ est séduisante et répond à un besoin de politique dans le spectacle vivant : comment se fabrique et se propage un empire? En reconstituant une bataille Napoléonienne (celle d’Aspern qui fit 40 000 morts pour rien, Français et Autrichiens revendiquant chacun la victoire) comme un vulgaire son et lumière, Superamas joue déjà avec les limites : ce n’est qu’un tournage de film. Je suis soulagé face à tant de médiocrité théâtrale. Les professionnels du cinéma apprécieront !
Mais ce n’est pas tout…L’ensemble des comédiens (dont le producteur de Superamas) est invité à fêter la fin du tournage chez l’ambassadeur de France (genre publicité pour les chocolats Ferrero Roche d’or). Les dialogues volent bas : nous sommes au coeur de la Sarkozie ! Le milieu culturel n’est pas épargné, de même que les professionnels de l’humanitaire. On sourit, mais la piètre qualité artistique du projet laisse perplexe. Pour en rajouter dans la subversivité, on nous impose un (long) film sur une expédition de Superamas en Afghanistan afin de rencontrer une cinéaste iranienne immergée dans la guerre.
On finit donc par se perdre dans ce dédale même si l’on comprend l’intention : la société du divertissement, alliée aux humanitaires médiatiques et aux professionnels de la culture asservis au pouvoir politique,  créée un empire d’une violence inouïe, générateur de guerres et de génocides. Soit. On peut adhérer au propos. Mais cela suffit-il à faire une oeuvre de théâtre ? Les moyens dont semblent disposer Superamas, la faiblesse esthétique de leur proposition, les positionnent au c?ur de cet empire. Il se dégage de l’ensemble une suffisance d’une gauche bien pensante. Pris à leur propre piège, il ne leur reste plus qu’à s’éclipser  une fois les lumières allumées pour éviter d’affronter un public de théâtre. Cette position obscène devrait suffire pour que le Festival d’Avignon cesse cette gabegie. Présents déjà l’an dernier avec « Big 3rd épisode » Superamas avait refroidi le public.
Guy, auteur du blog «
Un soir ou un autre » écrivait alors pour commenter mon article :
« Imiter ne suffit pas pour dépasser la sottise du modèle, manque la distance et autre chose de plus indéfinissable »
Superamas ne connaît que ce qui est défini. C’est leur façon de prendre le pouvoir sur le public et d’écraser l’utopie.
L’empire Superamas vacillerait-il ?

Pascal Bély
www.festivalier.net

« Empire (Art et politics) » de Superamas a été joué le 20 juillet 2008 dans le cadre du Festival d’Avignon.

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