La 25ème heure est un moment dans la nuit durant lequel, abîmé par la fatigue de la journée, le spectateur se laisse envahir, pénétrer, par ce qu’il voit ou décide de s’endormir sur son siège. Pour cette première 25ème heure du Festival, j’ai pris le parti d’être Nijinski, danseur étoile qui se consacra à l’écriture dans sa villa de Guardamunt avant d’être interné. Et pas n’importe quel Nijinski, celui du collectif «pEqUOd».
Effectivement, celui qui n’a pas croisé « Les Cahiers » de Nijinski ne saura reconnaître le travail méticuleux et la belle performance de l’ensemble que constituent Bénédicte Le Lamer et Pascal Kirsch.
Pendant près d’une heure (la durée est dans le titre), les paroles de Nijinski prennent place dans les sous-sols de l’école d’art. Des balbutiements d’enfants aux grandes envolées mystiques, Bénédicte Le Lamer nous livre de par sa voie la version des écrits de Nijinski, plus précisément celle du poème « Au Hommes » et d’un extrait de son journal.
Me laissant envahir par le son obsédant et strident du saxophone et bercer par les chuchotements et autres cris, je suis guidé dans la folie nijinskieste si bien retranscrite et prends plaisir à écouter ce que j’avais lu six ans auparavant pour des besoins universitaires.
Aux paroles, se joint la présence de Didier Le Lamer, assis sur sa chaise, le regard dans le vide. Tel un Nijinski, il exécute par la suite quelques étirements si chers au danseur afin de réveiller son corps, puis ira se coucher comme pour signifier sa mort.
« Cahiers » de Nijinski retrace, à mon sens, la perte de l’individu qu’il a été. Devenu autre, il n’a pas d’autre choix que de se nier lui-même jusqu’à parler à la place de Dieu et combattre sa folie qui le pousse à écrire que « Mort est mort, et je suis vie
Je suis vie, et tu es mort
Ayant vaincu la mort par la mort
Je suis mort, et tu n’es pas vie
».
Traduire « Guardamunt 55‘ » par l’écrit relève du défi ou bien… de la folie.
Laurent Bourbousson
www.festivalier.net

« Guardamunt 55′ » de Bénédicte LeLamer et Florent Manneveau a été joué dans la nuit du 8 au 9 juillet 2008  au Festival d’Avignon.

  © Christophe Raynaud de Lage.

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