Une ambiance pesante dans ce petit appartement se fait sentir dès les premiers instants. Le père est là, devant nous. Il pourrait être celui du public, de mon voisin de salle, le mien. Il a chaud aujourd’hui. Il a fait une journée orageuse. Il s’assied sur son fauteuil, c’est dimanche. Il vit seul dans cet espace confiné. Tout comme sa tenue négligée, l’habitat l’est tout autant. Ses affaires sont éparpillées sur le sol par paquet. Entre le fils. Il se tient dans l’encadrement de la porte, l’observe, essaie de parler, puis retourne à l’entrée et frappe pour signifier son arrivée. Ils se parlent en oubliant presque de s’embrasser.

Les paroles gauches, insignifiantes (« Il a fait chaud aujourd’hui ») répétées en boucle, comblent le vide entre le père et le fils. Le fil générationnel cassé, suite à la mort de la mère et à la vie quotidienne du fils, pris par son travail, ses amis, sa femme, a fait de ses deux âmes, deux entités fantômes pour l’un et l’autre.
Cette soirée dominicale est l’occasion de se parler, d’homme à homme. Cela pourrait être aussi, de père à fille, de mère à fils, de fille à mère. L’écriture de Louis Calaferte distille, par petites touches, la complexité du lien parents-enfants. Derrière l’amour que chacun éprouve pour l’autre, il y a une rancoeur palpable, grandissante, qui finit par ensevelir la relation. L’un ne veut pas déranger, s’imposer dans le foyer ; l’autre, s’en veut de ne pas lui rendre visite plus souvent, de ne pas prendre plus grand soin de lui, à celui à qui il doit la vie.
Le dialogue lourd, lorsque l’on parle de la réalité, devient plus léger avec les « si » et les souvenirs. Ils amènent sourires et peines et réinitialisent leur relation filiale. Puis, au détour d’un mot, tout s’écroule et laisse place aux non-dits, à ce que l’on ne veut pas se dire pour ne pas faire du mal.
L’air étouffant de cette fin de journée devient suffocant, étouffant au fil de l’échange. On attend un orage pour rafraîchir l’atmosphère.
Cet orage arrivera et fera éclater les sentiments et les langues se délieront pour laisse place à…
Je préfère taire la fin de ce récit dans lequel chacun peut se projeter et se retrouver dans les traits de Julien Leonelli et d’Yvan Chevalier, tant leur interprétation naturelle nous renvoie à nos dimanches de visite familiale.

Didier Moine, le metteur en scène, s’est fait ethnologue et signe avec « Tu as bien fait de venir, Paul » notre « Festen » français.

Laurent Bourbousson
www.festivalier.net

  « Tu as bien fait de venir» de Louis Calaferte mis en scène par Didier Moine. Au Magasin, en Avignon,  jusqu’au 2 août 2008.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *