J’ai beaucoup ri. Je ne suis pas le seul. Le public du Théâtre de Cavaillon se lâche (un peu) lors de la dernière création de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, « Dressed to kill…killed to dress ». En parodiant les talk-shows (la télé est décidément partout sur scène en ce moment!), nous sommes spectateurs d’un défilé de mode d’un genre un peu particulier, mélangeant « Swankas » (ouvriers zoulous) et danseurs.

 

Tout commence par un concours un peu bête où le public tire au sort un numéro qui voit l’heureux élu (quand ce n’est pas un usurpateur !) se prêter à un cérémonial à la fois touchant et très décalé. Habillés de costumes où pas un seul pli ne part de travers, hommes et femmes consentent à une gestuelle très précise visant à nous montrer l’harmonie des couleurs entre une cravate et une chaussette, une chemise et un pantalon, une bague et une broche. Ils sont neuf à jouer au « bling – bling » dont deux blancs en animateur et gentil organisateur, ou pour le dire autrement, en juges et parties ! Quelques vidéos des coulisses et du contexte des participants se projettent sur le mur, pour nous inviter à aller au-delà des apparences. Ce que je fais, non sans difficulté. Progressivement, je me sens perdu dans cette mise en scène où mon attention cède lors du défilé pour se noyer dans les images d’un pays que je connais si peu. Robyn Orlin réussit, comme à son habitude, à brouiller les cartes, en interpellant le public dans sa posture. Incontestablement, nous sommes blancs et le contraste est saisissant entre la scène et nous. Le pouvoir semble toujours du même côté. Cette gestuelle, minutieuse, devient danse à mesure que la tension monte dans la salle : oui, nous rions, comme à la foire.
Mais Robyn Orlin n’en reste pas là. Elle opère ce qu’elle sait faire : dépasser les barrières, créer le mélange des genres, sortir du blanc, du noir, pour l’Arc en Ciel, transformer un défilé vertical en fête populaire ! Les voilà donc qui reviennent, ensemble, mélangés, comme une société démocratique, à retourner leurs vêtements, pour leur faire changer de fonction (un pantalon se mue en veste !), où les accessoires (serre-tête, ceintures) deviennent essentiels. Les corps évoluent comme des fresques vivantes, se métamorphosent en toile du peintre, défilent comme la pellicule du cinéaste. L’Afrique du Sud est palette tandis que le public du Théâtre de Cavaillon reste blanc. Étrange contraste! Je m’autorise alors quelques rapprochements entre Robyn Orlin et nous, qui finissent par produire un rire crispé. Notre société Française est décidément peu métissée dans les lieux culturels (et ailleurs), Sarkozy est toujours un « Swanka » bling – bling raté tandis que sa femme endosse son costume de Président.

Mon pays, coincé dans son corps social, se croit beau à porter des habits qui sentent bon la naphtaline.

C’est la ch’ti attitude, paraît-il.

 


Pascal Bély

www.festivalier.net


?????? « Dressed to kill…killed to dress » de Robyn Orlin a été joué le 31 mars 2008 au Théâtre de Cavaillon.


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