Tel un magma, ils sont douze à surgir et rugir sur la scène de la Cartonnerie, à la Friche Belle de Mai de Marseille. Ce tableau final me laisse sans voix, quasiment frigorifié alors que le maigre public marseillais quitte les gradins. Le couple, vu par le chorégraphe Suisse Gilles Jobin avec « Double deux », est en dé(re)composition. Il nous abandonne seul avec cette « matière » difforme. Et pourtant, tout avait si bien commencé.
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Les danseurs se croisent sur la musique fabuleuse de Cristian Vogel et leurs mouvements sont d'une apparence douceur. Ils se jettent souvent au sol, mais sans bruit, léger comme un désir de rencontre, lourd comme l'espace confiné de leurs exigences. Le tout donne une énergie enveloppante, sécurisante, car profondément humaine. Tout est suspendu à la rencontre, où se fait et se défait le lien si fragile de la séduction. Tels des aimants – amants, ils s'emboîtent pour mieux se séparer et finissent par laisser des traces qui forment la toile de leurs relations, où l'un n'existe que dans le désir de l'autre. Je me ressens en apesanteur et mes nerfs lâchent, pris dans leur réseau virtuel. Je flotte malgré les baffes qu'ils se donnent tant elles claquent comme un acte sensuel, à la limite du sado-masochisme présent dans tant de couples !
A l'image d'un « rubicube », mon regard s'amuse à faire toutes les combinaisons possibles (le blond avec la brune, ou plutôt celui-ci avec celle-là). Je désire chacun d'eux dans leur relation et je finis par plonger dans cet univers transversal. Il faut attendre la pose pour que je me recale sur mon siège : nos six couples s'immobilisent comme dans une salle d'exposition d'art contemporain. Leurs postures ne permettent aucune équivoque sur leurs intentions. Je ne bouge plus. C'est d'une extrême beauté. Gilles Jobin nous laisse le temps pour s'immiscer dans cet espace: il ne brusque rien comme s'il fallait apprivoiser cette quasi- immobilité, métaphore de nos peurs, de nos mécanismes huilés et pourtant rouillés.
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C'est alors que ces « double deux » éclatent.  La colère et le cri (silencieux) accompagnent le ralenti des mouvements. Le groupe se forme peu à peu et
le frisson du désespoir, se propage sur ma peau.
Pendant que les lumières s'éteignent une à une, j'ai peur pour l'humanité.

Pascal Bély
www.festivalier.net

?????? « Double deux» de Gilles Jobin a été joué le 8 décembre 2007 dans le cadre de « Marseille Objectif Danse »


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La critique de « Double deux » par Elsa Gomis sur « Le Tadorne »


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