Programmé au KustenFestivaldesArts de Bruxelles en mai 2006, le metteur en scène argentin Ricardo Bartis du Sportivo Théâtral revient avec ?De mal en peor? au Théâtre Garonne de Toulouse (du 4 au 12 octobre)  puis au Festival d'Automne à Paris (du 16 au 21 octobre à la MC 93).
C'est un événement à plus d'un titre comme en témoigne mon compte-rendu bruxellois publié le 13 mai 2006. A lire aussi l'article de Jean-Pierre Thibaudat dans Rue89 sur le renouveau du théâtre argentin.
Ouvrons les frontières!

 

Le KustenFestivaldesArts de Bruxelles nous invite en ce dimanche printanier à la Maison Pelgrims (on dirait l'adresse d'un château hanté !) dans le joli quartier de Saint Gilles. Cette maison, transformée en théâtre, n'accueille que cinquante-cinq spectateurs installés dans le salon. Au préalable, comme dans un musée, nous sommes invités dans une pièce attenante à visiter les objets d'une grande famille argentine. Dans un lit, une vieille femme dort, pas pour très longtemps. Elle va se donner en spectacle sous la direction du metteur en scène et auteur Ricardo Bartis du Sportivo Théâtral. La lecture de la présentation du Kusten nous permet de savoir où nous mettons les pieds?
demalenpeor.jpg« An 1910. Deux familles déchues : les Mendez Uriburus et les Rocatagionis vivent ensemble dans une vaste demeure à Buenos Aires. Elles partagent un projet économique : la Coopérative Cuenca del Salado et tentent depuis des années de s'acquitter d'une dette exorbitante. Manifestations ouvrières, répressions policières et remous des groupes nationalistes connectés au pouvoir politique forment la toile de fond de leurs péripéties à la veille du centième anniversaire de la Révolution de Mai, au cours de laquelle la suprématie des Espagnols fut abolie et l'Indépendance des « Provines unies du Rio de la Plata » proclamée (ndlr). La demeure patricienne abrite également le Musée Mery Helen Hutton. Miss Hutton était une institutrice américaine, arrivée en Argentine en 1858, avec le groupe de pédagogues progressistes que Sarmiento avait sollicité pour favoriser l'alphabétisation de son peuple. En 1860, elle est enlevée par des Indiens. Sa captivité dure 26 ans. Après sa libération en 1886, elle reçoit une indemnisation en bons d'Etat. En 1902, elle est placée sous la protection des Mendez Uriburus qui se sont engagés à fonder un musée pour raconter l'histoire de sa vie. Dans « De mal en peor » (De mal en pire), Mery Helen Hutton a presque 90 ans. En dépit de fouilles minutieuses, ses bons d'Etat n'ont jamais été retrouvés par sa famille d'accueil. Les deux problèmes s'imbriquent inextricablement pour donner forme à cette tragédie argentine ».
En une heure quinze, j'assiste aux pires stratégies qu'un système familial élargi puisse élaborer en temps de crise. Les comédiens se déplacent de long en large alors que les sous-titres se plaquent contre le mur comme autant de gifles. Je ne sais plus où pencher ma tête (sic) tant la mise en scène de Ricardo Bartis ne laisse aucun temps mort. En positionnant les spectateurs au c?ur de la demeure (ces comédiens tous fabuleux ne sont qu'à un mètre de distance), je me sens projeté dans l'aliénation d'un monde qui perd tous ses repères. Suis-je seulement un spectateur ? Je suis aussi acteur car Bartis ne cesse de nous impliquer dans cette histoire de fous. Avec un tel dispositif, le « Théâtre réalité » n'est pas loin. Que deviendrait-il dans un lieu plus classique ?
Cette mise en scène « diabolique » s'exprime dans le visage des protagonistes. Pleurs, rictus vicieux, gestes sadiques, ponctuent toutes leurs apartés. Aucun ne montre d’élan de générosité et d'amour sauf pour manipuler et servir ses propres intérêts. J'ai le sentiment d'être noyé dans un océan de machinations. Je n'ai même pas le temps de m'attacher à un membre de cette famille. Tout va trop vite. Tout s'emporte. Tout m'emporte. Pour Ricardo Bartis, il semble n'y avoir aucun doute : la crise plonge ses familles dans le chaos. La seule échappatoire tombe comme un couperet quand ces Argentins désargentés trouvent enfin les bons d'Etat de la « vieille » !
En sortant de la Maison Pelgrims, je me sens assommé, pas très vaillant. Mais comment résisteraient nos familles si une crise du type de 1929 éclatait ? Comment finiraient-elles dans un système économique basé sur le profit alors qu'elles en sont des actrices essentielles? Je n'ose imaginer ce que notre société deviendrait.
Mais la famille UMP doit avoir une idée sur la question.

Pascal Bély

www.festivalier.net

?????? ?De mal en peor? de Ricardo Bartis a été joué len mai 2006 au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.
Prochaines dates: 
Théâtre Garonne de Toulouse (du 4 au 12 octobre)  puis au Festival d'Automne à Paris (du 16 au 21 octobre à la MC 93)

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