« Le sujet à vif » est un festival au sein du festival. Un danseur commande un solo à un chorégraphe et le résultat est souvent étonnant. L’an dernier, Olivier Dubois avec « Pour tout l’or du monde » avait enchanté ce public exigeant. Cette année, c’est Julie Guibert qui fait l’évènement avec « Devant l’arrière-pays ». Trois autres propositions sont programmées, mais semblent à côté du projet.
« Take it away » dansé par Andréya Ouamba est une longue déambulation, sans but précis, comme l’écrit le chorégraphe Opiyo Okach : « Nous partageons le même intérêt, le même désir d’improviser, de se confronter et d’habiter le vide, d’ouvrir une fenêtre sur nos espaces et histoires intérieures ». Je reste circonspect sur le résultat : qu’ais je vu ? Le vide. Où est le projet ?
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« À nous deux » dansé par Dominique Uber et chorégraphié par Fanny Chaillé est un pari puisqu’elles sont ensemble sur scène. On hésite entre l’indulgence et la consternation. Dans la première hypothèse, nous pourrions y voir le lien fragile, empreint de timidité, entre deux artistes aux statuts différents. C’est pauvre artistiquement comme une relation qui ne peut s’épanouir. Soit. Dans l’autre cas, rien n’empêche d’y déceler une chorégraphie « baba cool » (des années 70) où deux femmes découvrent leur homosexualité. C’est assez fleur bleue et le message politique (l’une crie des mots, l’autre la bâillonne d’une main) est à répertorier dans l’histoire du féminisme. Bref, un duo daté pour une danse sans beaucoup d’intérêt.
« La descendance », « dansée » par Yves-Noël Genod et « chorégraphiée » par sa compagne, l’écrivaine Hélèna Villovitch est un monument du kitch, du mauvais goût et de la bêtise facile. Ici aussi, c’est une proposition déjà vue et sans risque ! Il est sur scène, pantalon descendant et bite à l’air. Il débite des phrases toute faîtes sur le milieu culturel (qui font toujours marrer le public), s’en prend à Warlikowski qui présente dans la cour d’à côté, « Angels in América ». Pendant ses déambulations, une comédienne bouffe des courgettes et du bambou pendant qu’un gosse, se croyant à la fête de l’école, nous propose ses pitreries. A la fin, Hélèna Villovitch offre une part de gâteau aux spectateurs du premier rang. C’est une provocation à l’égard de la manifestation (quitte à choisir un chorégraphe, « je propose ma femme »). Je pourrais en rire. Sauf que le contexte ne s’y prête pas du tout. Sarkozy et son équipe de néolibéraux se délecteraient d’un tel spectacle (il y a toute la pensée réactionnaire de la droite). D’autre part, en insultant certains artistes (ceux qui finalement ont usés de la provocation comme forme artistique), en se moquant des institutions, Genod nous vomis dessus. Il faut être très naïf pour y voir « une critique du milieu » (phrase glanée à la sortie). Désolé, mais je ne suis pas d’humeur à supporter l’insulte surtout avec si peu de talent (n’est pas Gainsbourg qui veut). Genod joue avec les institutions (fragiles). Il n’y a plus qu’à espérer qu’elle lui présente une note de frais pour avoir abîmé le bambou du jardin de la vierge du Lycée Saint-Joseph.
En quittant les gradins, j’ai renvoyé sur scène une assiette en carton. Le geste est à l’image de ce que je suis devenu à l’issu du spectacle: pas très malin.
Pascal Bély
www.festivalier.net

 « Take it away » d’Opiyo Okach a été joué le 21 juillet 2007 dans le cadre du « Sujet à vif ».

« À nous deux » de Fanny Chaillé a été joué le 21 juillet 2007 dans le cadre du « Sujet à vif ».

 « La descendance » d’Hélèna Villovitch a été joué le 21 juillet 2007 dans le cadre du « Sujet à vif ».

Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon
 (pourquoi n’existe-t-il aucune photo pour Genod??)

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