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A l'image du Théâtre du Merlan, le Festival de Marseille vagabonde pour l'ouverture de sa programmation. Le rendez-vous est pris au Cercle des Nageurs pour célébrer le vingtième anniversaire de la création du chorégraphe Daniel Larrieu, « Waterproof ». La piscine est bondée : 28° dans l'eau, 30° dans l'air et je jubile de voir l'art investir des lieux improbables. Ils sont neuf danseurs que l'on distingue à peine et trois écrans vidéo comme autant d'intermèdes de ce voyage aquatique d'une heure.. Entre eux et nous, il y a l'eau, un univers artistique qui nous échappe, que nos sens habituels ne peuvent appréhender. Est-ce cette position étrange qui me tiendra éveillé alors que l'ennui n'a cessé de m'envahir?
Tout commence par l'immersion lente des corps. Je plonge. Ils fusionnent l'eau et le corps comme pris dans un liquide amniotique. On les perçoit à peine et les mouvements maintiennent le bassin dans une platitude déconcertante. Je suis déjà ailleurs et je me débats entre un monde et un autre. Magnifique.
Fin de la première séquence.
La  vidéo prend le relais pour nous montrer ce que l'on aurait dû voir : ils dansent sous l'eau et nous voilà réduits à des spectateurs de cinéma. L'alternance entre le bassin et l'écran casse le rythme et crée un malaise comme si Larrieu nous sortait de l'eau (il est grand temps de rentrer maintenant !). Mais la vidéo maintient suffisamment à distance pour que l'on puisse aller chercher ailleurs le sens de nos résonances.
L'ennui, c'est que l'eau a coulé sous les ponts depuis 1987, date de la création de « Waterproof ». Le sens semble se fondre dans un moule conventionnel alors que la danse a exploré depuis vingt ans tant de territoires. Est-ce cela qui donne à cette mise en scène l'aspect désuet d'une station balnéaire des années trente ?
Malgré tout, « Waterproof » reste une ?uvre essentielle. Elle maintient le spectateur dans un entre-deux, entre le réel et l'inconscient, dans une recherche de l'autre, de l'objet perdu. Ce qui tient éveillé, c'est cette recherche perpétuelle du sens à l'image du décryptage d'un rêve, d'un souvenir d'enfance qui remonterait à la surface, d'un lapsus qui nous plongerait dans la confusion.
C'est ainsi qu'à la sortie du bain, on se surprend d’être un peu mouillé, comme éclaboussé par tant de ronds dans l'eau.

?????? « Waterproof » de Daniel Larrieu a été joué au Festival de Marseille le 20 juin 2007.

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