Entrer ou ne pas entrer dans l'univers du chorégraphe Joseph Nadj, telle est la question. Au dernier festival d'Avignon, « Asobu » m'avait laissé à la porte, tandis que « Comédia Tempo » joué en 2005 était un monde si métaphorique que j'en oubliais ma place de spectateur. Hier soir, au Théâtre d'Arles, « Petit psaume du matin » fait l'effet d'un tableau dont on vante les qualités esthétiques, le talent du peintre, la puissance du message, mais qui impressionne tant, que l'on reste observateur, avec pour seul affect l'intimidation face à ce duo hors pair.

Joseph Nadj et Dominique Mercy (célèbre assistant de Pina Bauch) déambulent pendant une heure dans un univers où leur histoire se construit à partir de faux semblants, où leurs différences ne font plus la différence, où les objets (table, chaise, balais, verre, costume) vivent, collent à la peau pour parfois prolonger les corps. On les imagine parcourant le monde, à notre rencontre (ce soir Arles, qui sait demain Madrid !), messager d'un manifeste universel où chacun d'entre nous serait porteur d'un bout d'histoire de l'humanité. Avec eux, le corps est toujours à la fête : ailes de l'oiseau, toile du peintre, articulation de marionnette, objet animé. Il se nourrit de tabac et d'alcool en transformant fumée et liquide en drogue douce.

 

C'est ainsi que ce duo voyage : de l'occident où l'homme veut sortir de ses postures mécaniques vers un territoire à l'articulation de l'Asie, de l'Orient et de l'Europe. Nous les suivons, guidés par la puissance de leur art qui métamorphose les rites religieux en gestes d'amour et d'amitié. C'est ainsi que ce petit psaume redéfinit la carte du monde pour nous inviter à ouvrir notre vision occidentale, à faire émerger une culture de l'art métissé, où nos peurs seraient transcendées par de nouvelles façons de communiquer. Nadj réinvente le monde à sa mesure : celle d'un chorégraphe habité par une force poétique qui dépasse tous les clivages, capable d'abattre nos cloisons pour nous aider à nous surpasser, pour entrer dans son univers si complexe. C'est ainsi que la poésie transforme les hommes?

Pascal Bély
www.festivalier.net

?????? « Petit psaume du matin » de Joseph Nadj a été joué au Théâtre d’Arles le 11 mai 2007.

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