Il me faut fuir les propos nauséabonds d'un candidat à l'élection présidentielle. À chaque phrase sur la génétique ou sur l'identité nationale, il salit les consciences, piétine l'intelligence et fait de son inculture une vérité qu'il assène, signe de son impuissance à comprendre la complexité. Il me faut m'évader, juste une heure. Ce soir, le Théâtre des Salins de Martigues sera mon refuge. À peine entré, la directrice du théâtre (Anette Breuil) s'avance vers moi pour me parler de la production qu'elle présente. Elle me raconte la genèse de la pièce. C'est une belle histoire : ses mots, ses gestes, le ton de sa voix traduisent un engagement d'une femme de culture, courageuse, à l'écoute du monde et des artistes. Notre dialogue est un pied de nez à la société prônée par Sarkozy. Ce soir, le Théâtre des Salins est mon théâtre. Notre France.

 

Pendant deux ans, Lljir Sélimoski, « né au bout des pistes d'Orly », a partagé devant les passants, à la gare d'Uzès, dans les rues de Paris, le texte de Bernard ? Marie Koltès, « La nuit juste avant les forêts ». Ce texte évoque un homme qui parle de son univers de banlieue et de sa quête d'amour. Pour passer de la rue à la scène du Théâtre des Salins, Lljir a rencontré le regard bienveillant de Jean-Louis Trintignant le recommandant auprès d'Annette Breuil qui lui choisit la metteuse en scène Catherine Marnas. A eux quatre, ils formèrent une jolie chaîne qui permit pendant deux années de métamorphoser Lljir en comédien. Habité par le texte de Koltès, il devra dorénavant faire de la scène son décor imaginaire. Au final, le résultat est prodigieux  

Il est là, face à nous, marchant sur l'eau (magnifique décor). Nous voilà plongés au sous-sol de ce théâtre pour nous immerger dans le texte de Koltès, pour approcher la métamorphose de Lljir (l'un est dans l'autre et inversement). Ce double regard est tout de même exceptionnel au théâtre, où l'auteur transforme la vie de l'acteur ! Quelle belle métaphore de ce que la culture peut faire. C'est ainsi que j'écoute le destin de Lljir pour ressentir la puissance de Koltès. De le voir faire ses ronds dans l'eau, de l'entendre décliner ce texte, alors que la vidéo projette notre environnement urbain et nos silhouettes (de spectateurs ?), tout semble fait pour que nous approchions Lljir, là ou la rue nous l'éloigne. Catherine Marnas lui donne de la voix, guide son corps au gré des rencontres. Elle l'habite d'amour quand il n'y croit plus ; elle l'ouvre lorsque les murs l'enferment. Elle réussit à ne jamais nous distancer de son histoire comme si elle hésitait à le conduire comme un comédien. C'est alors que la fragilité de la mise en scène est une force et fait de « La nuit juste avant les forêts » un manifeste d'humanité.
Votons!


Pascal Bély
www.festivalier.net

 


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?????? « La nuit juste avant les forêts » de Bernard-Marie Koltès a été joué le 10,11 et 12 avril 2007 au Théâtre des Salins de Martigues.

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