Le Merlan, Scène Nationale à Marseille, poursuit ses vagabondages dans l'attente de la rénovation de sa salle. Le rendez-vous est pris au petit Théâtre de  la Criée pour « Taxidermie » classée sous le thème « laboratoire ». Un chorégraphe (Martin Chaput),et un anthropologue (Martial Chazallon) se sont unis pour ce projet où la recherche sur quatre villes (Mexico, Montréal, Maputo et Marseille) s'articule à l'intime à partir d'objets récoltés dans chacune d'entre elles. Ce soir, Marseille se mêle à l'Afrique comme en témoignent les  vêtements et les animaux empaillés des deux continents posés sur les gradins ! Dès l'arrivée dans la salle, nous sommes invités à nous asseoir en face, d'où j'observe les couleurs et les formes de ces robes, chemises et autres bestioles ! Le dispositif bifrontal accentue la séparation des deux mondes, mais la scène fait office de passerelle.
Face à nous, trois danseurs (majestueux) interprètent un nouvel univers patiemment créé par le chorégraphe et l'anthropologue. Je ne comprends pas toujours là où ils m'emmenent, mais je ressens la puissance du projet de ce binôme atypique. Plusieurs séquences nous invitent à l'ouverture vers ce langage chorégraphique métissé, tel ce passage où ils dansent sans pouvoir s'appuyer sur leurs pieds et leurs mains. C'est alors que patiemment, ils prennent des allures d'oiseaux, voire d'humains à qui l’on aurait coupé les ailes. Ces gestes désarticulés sont beaux parce qu'ils trouvent leurs traductions dans l'imaginaire africain et européen. D'autres images me viennent quand ils dessinent à la craie sur le sol des gravures telles des peintures rupestres, ou les tags de nos villes. Ils jouent aussi avec les vêtements pour s'y camoufler, s'en faire une coiffe, et leurs gestes sont d'une précision que seul un anthropologue pourrait déchiffrer.Les voir s'échapper dans les gradins donne l'impression qu'ils quittent la ville pour la forêt, ou l'inverse.
Ce mélange de Marseille et d'Afrique crée un langage qui requiert un lâcher-prise continu parce qu'il parle àla fois aux sens, à l'imaginaire de l'enfance, aux expériences du réel. Ce croisement des disciplines est en cours, mais je ressens la création inaboutie. Trop d'images se succèdent sans que je puisse y déceler un apport qui les transcenderait. La transdisciplinarité ne fait pas une ?uvre d'art mais elle l'encourage.
Modestement, je soutiens cette démarche pour qu'émerge la fresque qui ne manquera pas de masquer ce joli puzzle.

?????? « Taxidermie » a été joué les 16 et 17 février 2007 par la compagnie Projet In Situ  au Petit Théâtre de la Criée dans le cadre des « vagabondages » du Théâtre du Merlan.

Crédit photo:  Michela Rufini.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


>