Il était temps de sortir de ma toile, d’aller au dehors, riche de mon expérience de bloggeur. Le projet est né d’une rencontre entre un photographe de danse (Eric Boudet) et un Festival ("Faits d’Hiver" à Paris). Une envie partagée de relier le texte à l’image pour créer un espace de médiation entre le public, les artistes et les institutions culturelles afin de s’éloigner des liens verticaux et se rapprocher des logiques transversales de l’internet (forums et blogs). Le KunstenFestivalDesarts 2005 de Bruxelles encourageait déjà ces nouvelles interactions (« The Jerry Bel Show »). Pourquoi pas la France ?
En décembre 2006, « Faits d’Hiver » s’engageait dans le projet (« Le photographe sort le bloggeur de sa toile ») en faisant le pari qu’il prendrait forme à mesure des synergies ainsi créées. Cette action s’inscrit dans le cadre d’un festival qui prône le mélange des genres et positionne le spectateur comme un artiste !
Eric Boudet, Alexandra Célestin (médiatrice) et moi-même étions prêts pour quitter Aix en Provence vers Paris, confiants dans cette expérience, portée par un Festival qui ne craint pas les projets complexes. 

Oser dépasser la toile…
Tout commence par une chute à la Gare de Lyon : je me blesse sérieusement en ratant la marche du TGV puis une autre dans le métro. En sortant de la toile Internet, je trébuche. Ma protection de bloggeur ( «pas vu, pas pris » ) s’achève avec ce projet.
La journée de samedi permet de panser mes plaies et de nous préparer pour investir le joli Théâtre Silvia Montfort dans le 15ème. C’est la dernière représentation de « Tonight ! » créée par Josette Baïz pour feu le festival « Danse à Aix » en 2004. J’ai vu cette pièce dans de très mauvaises conditions (gymnase surchauffé, public applaudissant à tout rompre à chaque fin de tableau). Je m’étais à l’époque interrogé face à ces jeunes danseurs non professionnels pour la plupart, recrutés dans les quartiers d’Aix en Provence. Je reviens donc vers cette chorégraphe à partir de son public parisien. La démarche de médiation est alors cohérente avec son projet artistique qui crée des passerelles entre les générations, les quartiers, et les cultures.
Le lendemain, le studio « Le regard du cygne » dans le 20ème accueille le festival pour « Epilogos, confessions sans importance » de Roser Montllo Guberna et Brigitte Seth. En quelques minutes, me voilà confronté à ces deux chorégraphes que j’avais épinglées dans un article lors du toujours feu « Danse à Aix ». De plus, vais-je de nouveau trébucher face à Fabrice Dugied, co-directeur artistique du Studio et auteur d’une pièce, « La déconstruction du Légo », présentée aux Hivernales d’Avignon en 2007, sévèrement critiqué sur mon blog ? Avant même que le spectacle ne commence, mes anciennes critiques « assassines » se téléscopent  avec « Epilogos, confessions sans importance » qui évoque le crime exemplaire à partir des écrits de Max Aub. Tout est décidément relié !
En sortant de ma toile, je remets du lien là où mes écrits peuvent le rompre. Je reviens vers ces artistes, par leur public, plus à distance, prêt à suivre leurs créations. J’espère pouvoir échanger avec Fabrice Dugied sur sa pièce ; d’entendre ses intentions loin du tumulte médiatique. Il s’agit  de sortir des jugements de valeur qu’un blog peut facilement encourager pour former mon regard et celui du public en général.
Le Festival « Faits d’Hiver » répare…

Chercher le noyau dur…
Au Théâtre Silvia Monfort, je me sens en confiance pour accrocher deux feuilles de papier sur le mur. Je m’approche des spectateurs: « J’ai un blog de danse. Le Festival souhaite me sortir de la toile pour aller vers vous. Le  photographe Eric Boudet est présent dans la salle  et je vous propose de nous retrouver à la fin du spectacle  pour connaître vos ressentis sur la pièce de Josette Baïz à partir de ses  photos ». La démarche surprend, mais l’accueil est favorable. Alexandra Celestin m’observe, fait du lien autour de moi, transmet l’énergie de la médiation. Je note sur les feuilles accrochées leur vision, leur ressenti du moment. Une mère de famille me dicte même le SMS reçu la veille par sa fille sur « Tonight ! ». Pascal Delabouglisse, administrateur du Festival est là. Sa présence me rassure ; l’institution se positionne. Un groupe d’une dizaine de personnes est constitué. C’est un début. A l’issue du spectacle, quelques spectateurs, coupe de champagne à la main, visionnent les photos d’Eric Boudet sur nos ordinateurs portables. Les danseurs nous rejoignent et se créée alors une belle alchimie entre public et artistes autour des images. Chacun semble rechercher le miroir des ressentis, des mouvements. « Tonight » décloisonne… La photographie de danse s’anime aussi…
Au studio « Le regard du cygne », la communication avec le public est plus chaotique. L’espace est petit, intimiste et je crains de commettre une effraction ! Je n’affiche rien sur les murs et sur la pointe des pieds, je tente de me présenter à certains spectateurs. On m’accueille avec distance, non sans curiosité ! La beauté du lieu et la puissance de l’œuvre proposée facilitent plus tard notre médiation. Un groupe se constitue pour réagir. Les mots fusent, les photos défilent, le bloggeur note, la médiatrice relie. 
Il existe donc un noyau de spectateurs prêt à entrer dans une démarche de médiation. Ce sont pour la plupart d’entre eux des fidèles du Festival ou novices en danse. Leur regard est souvent étonnant, leur vision toujours circulaire. Je ressens une demande pour créer cet espace autour d’un festival de danse, où les mots et les images tisseraient de nouveaux liens capables de démocratiser les rapports entre institutions, public et artistes. 
Nous continuons l’aventure. Rendez-vous les 2,3 et 4 février au Festival « Faits d’Hiver » !


Prochains articles :

"Au Festival Faits d’Hiver, « Tonight ! » se métamorphose."
Au Festival « Faits d’Hiver », Brigitte Seth et Roser Montllo commettent le crime parfait.

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