Le Théâtre des Salins de Martigues offre son large plateau et deux soirées de représentations au metteur en scène Christophe Rauck. C'est un beau pari pour cette adaptation du « Révizor » de Nicolas Gogol qui déjoue tous les classements. Qu'ai-je donc vu ce soir ? Du théâtre ? Une comédie musicale dansée puisqu'on y chante ? Christophe Rauck crée un théâtre décomplexé à l'image de « Guerre et paix » de Piotr Fomenko présenté dernièrement à La Criée de Marseille. Je ressens ce « Révizor » en phase avec son époque où la vidéo offre un décor immatériel jaillit tout droit de l'inconscient collectif. Le temps sur scène paraît déjouer le chrono habituel comme un zapping d'une ère lointaine, avec les codes de la communication d'aujourd'hui. Ce sont donc trois heures d'amusement et d'émerveillement qui donnent à ce classique du quiproquo des airs de tragédie moderne !
Un homme criblé de dettes est pris pour un Révizor (un inspecteur de la Cour des Comptes en France !) par des notables malhonnêtes qui imaginent des stratagèmes aveuglants. En retour, le jeune fonctionnaire laisse ce petit monde fermé dans le chaos le plus total. Je suis étonné par la modernité du propos (nous connaissons tous dans notre quotidien ces personnages de pacotille) et éblouis par cette mise en scène qui emprunte au dessin animé les mouvements du corps, l'agitation des acteurs en arrière-plan et la diction désordonnée des mots. Par ces différents effets en trompe-l’?il, nos rires et nos rêves d'enfant émergent à nouveau comme si le théâtre de Christophe Rauck allait chercher en nous cette créativité qui nous manque parfois, pour affronter la complexité de ce monde.
Il est presque minuit quand je quitte Les Salins. Je monte dans mon vaisseau spatial et je mets à fredonner les musiques des chansons qui ont parsemé le spectacle. Le pont de Martigues se lève pour laisser passer un joli bateau. Je peux bien attendre, le Révizor est surement à la barre.

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