En 2004, au Festival d'Avignon, « La chambre d'Isabella » du metteur en scène Flamand et plasticien Jan Lauwers fut un triomphe. En 2005, « Needlapb 10 » était une série d'idées de spectacles qu'il souhaitait expérimenter avec les festivaliers. Ce fut un bide même si le concept de laboratoire était intéressant. En 2006, Jan Lauwers nous propose « Le bazard du Homard » dont nous avions pu voir un (mauvais) extrait l'an dernier. De 15 minutes de cuisson, nous en prenons pour 1h30. Au final, un plat indigeste, mal préparé. Ce sont les restes de la veille dont il faut bien se débarrasser pour ne pas gâcher la nourriture. En 2006, ayant encore le goût de « La chambre d'Isabella » dans la bouche, le public d'Avignon n'est pas très regardant sur le met. La malbouffe traverse aussi les arts vivants?

De quoi s'agit-il ? D'une histoire de homard décliné à toutes les sauces. Au commencement, un serveur dans un restaurant fait tomber le crustacé sur la veste blanche d'Axel. Celui-ci vient de perdre son fils, Jef, d'un arrêt cardiaque au bord de la mer (le homard, la mer?Vous suivez ?). Sa femme, Theresa, ne s'en remet pas. Axel est professeur de génétique. Il a du génie pour avoir créé deux clones : un ours (Sir John Ernest Saint James?Hilarant, non ?) et Salman (le premier clone humain). Très vite, il s'aperçoit que Salman ne pourra jamais remplacer son fils perdu. Pas plus que Mo, le réfugié. Quant à Nasty, la jeune fille à la beauté éphémère?J'arrête là. Écrire la suite de l'histoire nécessite l'assistance d'un psychiatre. Il est impossible de décerner le sens au premier, deuxième, troisième degré. Pour combler le vide abyssal, Jan Lauwers empile les métaphores les unes sur les autres en souhaitant que le spectateur fasse lui-même sa sauce. On lui raconte l'histoire de l'histoire, au cas où il ne comprendrait pas qu'il est au théâtre. L'imagination du public est tellement contrôlée que cela en devient autoritaire. On agrémente le tout de quelques chansons insipides (même la Star Academy renverrait ces chanteurs de pacotille à leurs charmantes études), de vidéos consternantes de prétention. Pour donner à ce homard un goût presque avarié, on l'embellit d'une danse déjà vue et revue dans les différentes ?uvres de Lauwers. La chorégraphie voudrait nous faire ressentir la vie dramatique de nos protagonistes : elle renforce surtout l'amateurisme ambiant et le bâclage du tout. Ce collectif nivelle toutes les disciplines vers le bas. Chaque acteur semble s'ennuyer ferme et se demande ce qu'il fait dans ce mauvais cauchemar.
Jan Lauwers utilise la trame qui avait fait le succès de la chambre d'Isabella : un savant mélange de danse, de chanson, de théâtre, et d'art contemporain articulé autour d'une magnifique histoire de vie qui faisait résonance avec le public. Avec ce bazar, Jan Lauwers brouille les cartes par orgueil, à partir d'une histoire à plusieurs entrées (se croit-il le David Lynch du théâtre ?). Au final, « Le bazar du homard » fait de la philosophie de comptoir.
Je conseille à Jan Lauwers de s'éloigner pendant quelque temps du Festival d'Avignon pour laisser la place à d'autres mets.  Ce homard est trop difficile à digérer. Isabella le renverrait sûrement en cuisine.

Crédit photo: Fred Nauczyciel.

?????? « Le bazard du Homard » de Jan Lauwers.

 

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