Il est 17h30 au Studio Bagouet. Assis à une table dans l'attente de mon premier spectacle dans le cadre de Montpellier Danse, je feuillette « Les Inrocks » (bel article sur le journal Libération?je lis donc Libé dans les Inrocks !). Arrive un homme qui entreprend la conversation : « N'êtes-vous pas fasciné par le corps de ces danseurs ? Leurs prouesses physiques ne sont-elles pas étonnantes ? ». Certes, mais la danse se distancie de plus en plus de cela, lui répondis-je, quelque peu lassé par ce type de débat. Il revient à la charge et me décrit le Ballet de l'Opéra de Paris. En réponse, j'évoque une danse qui s'éloigne de la performance sportive pour se rapprocher du théâtre, les danseurs étant aussi comédiens. Peine perdue, il recommence?

J'entre dans le studio. Il est complet pour la dernière création de Boris Charmatz, « Quintette Cercle ». Sur le papier, je reconnais deux noms : Julia Cima vue aux Hivernales d'Avignon et Benoît Lachambre, vieille connaissance du KunstenFestivaldesArts ! Si vous êtes fidèle du Tadorne, vous avez pu constater comment la folie et la déconstruction traversent la plupart des ?uvres chorégraphiques. Depuis le Festival d'Avignon 2005 et le Kunsten de mai 2006, je ne vois plus les propositions avec le même ?il, le même positionnement. J'ai l'impression d'avoir lâché quelque chose, d'être beaucoup plus ouvert au chaos, à la créativité brute, au déconstructivisme. Avec Boris Charmatz et son « Quintette Cercle », autant être prêt : « Certains gestes ne passent pas. Pour s'en débarrasser, on fait des pièces. Une brassée de ces gestes est mise dans un téléviseur, le conteneur fuit, les gesticulations remontent, les têtes ressortent. Quoiqu'on veuille, la danse du rictus asymétrique avec son point latéral rejaillit régulièrement » (Boris Charmatz). Ils sont donc cinq sur scène avec leur tenue moulante d’un bleu pétard. Ils vont se prêter devant nous à une danse décomplexée où le corps et les mots d'entrechoquent en un tout chaotique, créatif qui me tient en haleine pendant plus de trente minutes. Dans cette boîte carrée comme un téléviseur, ils sont parqués (magnifique métaphore de l'enfermement des temps modernes). Les corps se contorsionnent, la langue est pendante et j'ai pourtant l'impression que tout est figé, immuable. Difficile d'en sortir sauf à vouloir changer de cadre pour modifier le regard.
Réunis cette fois-ci dans un décor plus grand, fait de lumières et de néons, ils reconstruisent le groupe. J'assiste alors à d'incroyables mouvements du corps ponctués de mots et de bruits déconstruits accompagnés d'une musique pour le moins complexe. Ils crient, se jettent dessus, se couchent, se caressent, s'isolent. La confiance entre eux n'a pas de limite. Leur corps n'est pas celui d'un danseur, mais d'un créateur (comment une telle image m'est-elle venue ?). A l’issue du spectacle, j’imagine un groupe d’artistes créant un nouveau courant à l’image des surréalistes! A les voir danser de la sorte, je ne suis pas gêné. Au contraire, je suis heureux de les voir se libérer, de sortir du moule. Il me renvoie à ma propre condition : celle d'un spectateur qui se débarrasse petit à petit de ses carcans. Ils m'éclairent sur ce qui est possible en danse et ailleurs. Alors bien sûr, rien de révolutionnaire dans cette ?uvre, mais jouée dans le contexte actuel, « Quintette Cercle » est une ode au plaisir, à la liberté loin des conventions académiques, du prêt-à-penser médiatique et de la performance sportive. Il libère le regard du spectateur. Rien de tel pour commencer un festival et prendre confiance en soi.
Nous sommes six maintenant?

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