Pour cette dernière soirée, le KunstenFestivaldesArts de Bruxelles nous propose  « Lugares comunes » de Benoît Lachambre, chorégraphe originaire de Montréal. En 2004, au Festival d’Avignon, j’avais apprécié « Forgeries, love and other matters » mais qui avait laissé perplexe le public, déboussolé par sa danse conceptuelle !
Au Kunsten, le contexte est différent. Le public semble prêt à accueillir l’étrange, le décalé, le complexe. Ce soir, au Kaaitheater (le théâtre flamand de Bruxelles), l’ambiance hésite entre la morosité (il pleut dehors ; c’est le dernier spectacle du Festival) et l’envie de la faire la fête (à minuit, le Théâtre National de la Communauté Française est transformé en boîte de nuit pour la clôture).
Dans la salle, la scène me paraît immense. Assis, je constate que je peux étaler complètement mes jambes. Il y a de l’espace comme s’il existait un lieu commun entre les artistes et le public. Savourez la transition…Car,
« Lugares comunes » évoque l’espace à réinventer pour créer d’autres liens sociaux, pour sortir de la dictature rampante de l’individualisme.

Ils sont neuf sur scène coiffés de perruques grisonnantes. Ils sont assis dans des sièges noirs, très fonctionnels au design digne d’une salle d’un Conseil d’Administration de Clearstream. Ils se lèvent progressivement et leurs pas se font de plus en plus saccadés. Comme chez Alain Platel, la transe fait la danse. Les comportements frôlent la folie. Cela fait mal aux corps. Il s’agit alors de se regrouper pour tenter de dialoguer, mais rien n’est possible. L’important n’est pas d’écouter, mais d’affirmer ses arguments. Le débat n’est qu’illusion. On se croirait dans une émission d’Arlette Chabot, la directrice de l’information de France 2, célèbre spécialiste de la question qui clive ! Il faut donc réinventer l’espace entre eux et nous. Dans cette recherche d’un lieu commun, Benoît Lachambre semble vouloir nous associer. Il cherche avec nous. Cela tombe bien, je sens ses artistes si proches de moi que rien, de leurs faits et gestes, ne m’échappe. Plus je les observe, plus je crée moi aussi cet espace. C’est une sensation nouvelle!
Ainsi se succèdent plusieurs scènes où ces neuf danseurs – comédiens (tous magnifiques) tentent de créer le lieu commun, celui où toute leur créativité peut s’exprimer dans le non-jugement et loin des conventions du marketing (la scène où quatre d’entre eux semblent mimer le langage de la publicité est hilarant !). Et puis, deux instants purement magiques m’emmènent symboliquement sur scène. Sur la droite, trois femmes sur un podium lisent une magnifique poésie sur une musique entraînante, tapant la mesure avec leurs doigts. Au même moment, l’espace se transforme et deux trios investissent d’autres lieux où deux hommes et une femme se tiennent par la main, assis, n’échangeant que par la force de leur lien. A ce moment précis, la chorégraphie est de toute beauté alors que les corps bougent peu. Emerge ainsi la force de « Lugares communes »: ouvrir notre regard sur le collectif transversal, au moment où les sociétés se communautarisent. Lachambre nous aide à repérer le lien créatif au détriment du lien qui clive. En choisissant de faire parler les comédiens dans une langue inconnue que nous ne comprenons pas, ils nous invitent à sortir du langage qui enferme pour nous ouvrir sur le lien qui complexifie. Cette pièce a eu des effets trois jours après. Signe que Benoit Lachambre m’a touché. Quelque part au niveau du vécu.

Je vais fêter ça…

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