Il faut imaginer la vie d'un festivalier?J'ai d'abord passé la journée à réfléchir au changement dans la Fonction Publique Territoriale. On y a parlé « articulation », de « reliance »,  et de « projet global ». Je n'ai cessé tout au long des échanges de penser au Festival d'Avignon : le lien qui se perd avec le public, le poids d'un contexte national et international anxiogène qui se juxtapose à une programmation « agressive » ; l'absence d'un accompagnement du public dans le rythme du changement qu'on lui impose (le passage du théâtre avec du texte aux créations métaphoriques?). Je prépare déjà dans ma tête le retour que je proposerais aux Directeurs du Festival. Car je dois bien vous faire une confidence : le festival est quasiment terminé pour moi. Je n'attends plus grand-chose du théâtre de Jan Fabre et des autres propositions ; les échos du public et de la presse ne sont pas très bons?
Je quitte donc Toulon à 16h afin  être à l'heure au Gymnase du lycée René Char en Avignon pour 18h. Roméo Castellucci présente « BR.¹04 Bruxelles ». Il y a une semaine, je n'avais pas supporté « B. ¹03 Berlin ». J'arrive donc légèrement stressé après avoir écouté les nouvelles explosives de Londres. Soudain, j'aperçois Sylvie et Christian de Toulouse!! Je ne l'ai pas vu depuis 2001 et comme à Châteauvallon (où j'avais revu Béatrice), je suis très content de les sentir à côté de moi pour ce spectacle que j'appréhende ! Ils sont toujours aussi beaux et enthousiastes?C'est un couple qui donne de l'énergie créative?.

 
 
 

 

Le spectacle (sans texte) débute. Une  femme de ménage nettoie le sol d'un lieu aseptisé, qui ressemble à un centre commercial ou à une institution (européenne ?). Les gestes se font précis, lents et puis s'arrêtent. La femme semble sidérée?Rideau?Un bébé est assis là, par terre. Il joue avec des jouets?Le public ri?Une figure à l'image d'une ?uvre d'art parle derrière lui?C'est léger, drôle, beau?Rideau?Un vieil homme barbu apparaît en maillot de bain féminin?Il s'habille lentement avec des vêtements religieux où sont inscrits des phrases en hébreu… Il rajoute par-dessus un uniforme de policier français. Arrivent alors d'autres policiers qui frappent un homme jusqu'au sang. La scène est d'une violence inouïe?Le sang est partout. Je me retiens de ne pas vomir mais Sylvie et Christian sont à côté?La violence dans ce spectacle n'est sûrement rien par rapport aux atrocités en cours dans de nombreux pays. Castelluci nous montre la fin d'un monde où les forces du mal sont toutes en action (les religions, le terrorisme, la réponse des Etats par la répression et le contrôle des citoyens,?). Un nouvel ordre mondial va émerger avec d'autres règles et un autre projet par l'action d'autres forces. Mais pour cela, il faut aller jusqu'au bout d'une logique de destruction.

 

Le propos est puissant, la mise en scène extraordinaire mais je n'arrive pas à saluer la performance. Je suis tétanisé. Je regarde le public (jeune) applaudir à tout rompre et je sens bien le clivage entre la génération «internet» et la génération « théâtre classique » qui semble déboussolée par une telle mise en scène.
A la sortie, Sylvie et Christian prennent du temps pour me donner leur regard. Ils m'aident à mettre des mots sur mon mal au ventre. Sans eux, j'aurai quitté le Festival d'Avignon sur le champ. Nous allons dîner en Avignon avant de nous séparer.

A lire le bilan du Tadorne sur le festival d’Avignon 2005.

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