Un plateau recouvert de vêtements d’homme pêle-mêle, une femme sur un canapé…Pendant soixante-cinq minutes, nous allons suivre ses émotions, en ayant les nôtres qui trotteront en parallèle.

Chacune  des femmes du public pourra se regarder dans ce miroir sans teint. Comme dans la course d’Alice au pays des merveilles, avec ses frissons de plaisir, ses prises de risque et ses désenchantements. Une femme amoureuse, quoi de plus banal. Habillée dans une chemise d’homme, elle habite ce corps fusionnel. Elle est aveuglée…comme une toute petite fille, noyée dans ses croyances et ses espoirs. Dans notre distance de spectateur,  sa représentation de l’amour résonne tel un cliché, mais fait vibrer en nous une quête intérieure. 

Son questionnement autour du rangement, ce n’est pas pour nous, les autres femmes, mais très vite, par petites pointes, on ressent le liquide amer injecté lentement dans nos veines.  Notre corps s’échauffe, et nous commençons à nous tortiller sur notre siège. Le déroulement de la vie de cette femme, et si c’était nous de près ou de loin? Le théâtre doit nous faire rêver donc on résiste, on sourit…jaune. Après la vision d’un rangement de printemps, on se retrouve dans un sacré capharnaüm.

La position au premier rang nous rapproche de Patricia Kell, la comédienne. On se sent, dans cette proximité, sa « bonne copine », à vouloir la conseiller. Lui dire, « mais pars! ».  Le cheminement du texte nous fait explorer plusieurs voies; celui de la femme soumise, puis celle qui se rebelle; la version masculine n’est pas négligée entre ses émois, ses atouts et ses faiblesses.

Nous sommes comme des dragons à multiples têtes,  suivant nos âges, nos humeurs. Au-delà d’un mobilier décrit, on se sent vivant, guerrier. La chemise tombe et la féminité reprend le dessus. Notre chair, notre sexe revivent enfin…Mais à quel prix? Famille, enfant, patrie, vous dites? Non, je ne suis pas enfant de Pétain, mais enfant des années quatre-vingt, vent de liberté qui rue dans ce 21ème siècle. Le couple est-il mort pour ouvrir la souveraineté de l’individualisme jouisseur? Ne sommes-nous pas des êtres singuliers et prisonniers de nos sensibilités? Malmenés ou aimés en famille, par les  enfants, les amants, et bousculés par le poids des institutions?

Mais la soif de rêve de liberté d’Alice réapparaît. L’énergie est plus forte. Pas de remords. Juste une mémoire pleine d’empreintes. «La femme placard» fera partie de mon intime et créera des passerelles vers «Le maître et Marguerite» de Simon McBurney vécu intensément dans la soirée au «In». Magie des grands écarts du festival.

Tout se relie… 

Sylvie Lefrere de Vent d’art vers le Tadorne.

« La femme placard », mis en scène de Christian Garcia Reidt, à l’Albatros. Festival Off d’Avignon à 12h45 jusqu’au 28 juillet 2012.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *