En mai dernier, tandis que le Festival des Arts battait son plein à Bruxelles, se tenait au même moment le Festival International de la toute petite enfance au Théâtre de la Montagne Magique. Tandis que le premier empilait des esthétiques sans fond, le deuxième proposait des formes exigeantes pour un public de tout-petits (moins de trois ans) curieux et participatif. Petit compte-rendu d’un beau «festival des arts».

«Ultra» est une oeuvre chorégraphique conçue et interprétée par Melody Willame du Zététique Théâtre. Ici, la danse est dans tous ses états: à la fois narrative et conceptuelle, elle accueille la sensibilité de chacun. Le décor est d’ailleurs très étrange: des livres suspendus et une commode dans un coin. À l’immatérialité répond un mobilier avec ses tiroirs secrets. Dès le commencement, Melody Willame s’amuse à faire dialoguer le savoir des livres et le «corps du savoir» : la danse a donc toute sa place dans les apprentissages fondamentaux! Mais elle ne s’arrête pas là. Cette jeune artiste frondeuse n’hésite pas à se plonger dans une mer de plastique (dont elle tire le noble matériau d’un tiroir de la commode) pour qu’émerge le corps embryonnaire: nous dansions déjà avant de naitre! Elle ose filer la métaphore de la (re)naissance en plongeant ses bras dans ce mobilier aux multiples fonctions pour en sortir colorée de rouge! Il se dégage de l’ensemble une ode à la liberté du corps pour libérer l’esprit des contraintes matérielles (même si parfois, la danse m’est apparue un peu déstructurée). Le public prend plaisir d’autant plus que notre danseuse se moque avec bienveillance du tutu.  « Ultra » est un beau «rituel» de «passage» entre danse classique et danse contemporaine.

«Lampje, lampje» du couple Hollandais Wiersma & Smeets est probablement l’une des propositions les plus enthousiasmantes de mon vécu de spectateur en compagnie des tout-petits! Ici, deux rétroprojecteurs et divers ustensiles qui se projettent. Nous voici embarqués sous la voute céleste des objets flottants où chaque scène est un miracle tant l’infiniment petit devient gigantesque. Nos deux metteurs en scène de cinéma en plein air s’amusent à créer l’univers des rencontres improbables teinté de lumières fugitives et multicolores. Peu à peu émerge un espace capable d’accueillir tous les imaginaires, où l’art contemporain fait dialoguer le sens de l’observation et le plaisir de la divagation. «Lampje, lampje» est un conte des cavernes pour lutins affamés d’histoires féériques.

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«Azuki» d’Athénor par Aurélie Maisonneuve et Léonard Mischler est une perle posée sur un écrin théâtral pour un opéra miniature en plusieurs dimensions picturales! De leurs voix profondes et accueillantes, ils dessinent un paysage de sables colorés et de galets. Peu à peu, on se laisse aller à ressentir le chant comme une matière à explorer à moins qu’ils ne sondent nos contrées enfouies. Ces deux beaux acteurs aux gestes délicats délient et relient les matières, les sons et les corps à partir d’un fil qui, en toile de fond, traverse ce qui sépare le beau de l’oeuvre.Peu à peu, leur chant m’envole et petits et grands, à l’unisson, lisons sur la toile : «le fil se détend maintenant le cerf-volant est une portion de ciel». Je suis aux anges.

Le théâtre pour tout-petits démontre une fois de plus qu’il est un grand théâtre, parfois en avance sur ce que l’on peut voir ailleurs. L’écriture y est soignée parce que le jeune enfant est considéré comme un spectateur qui, pour prendre la parole, puise dans ses ressentis. Me revient une phrase du pédopsychiatre Patrick Ben Soussan, qui dans un de ses livres («Les bébés vont au théâtre») écrit : «Précisons que le trouble prêté au théâtre, n’est pas un état, mais un processus: il a  un lien avec l’incertitude, le complexe, l’indéterminé. Comme l’enfance!»

Avant de chercher à tout prix ce qui est «émergent», certains programmateurs devraient faire un tour vers ce théâtre-là pour y ressentir ce trouble auprès des tout-petits, de leurs parents et de leurs éducateurs. Pour qu’ils ouvrent leur institution à ce petit spectateur à l’imaginaire si foisonnant.

Pour qu’ils apprennent le respect et l’humilité.

Pascal Bély, Le Tadorne.

«Azuki» d’Athénor par Aurélie Maisonneuve et Léonard Mischler.

«Lampje, lampje» de Wiersma & Smeets.

«Ultra» de Melody Williame du Zénétique Théâtre.

Au Théâtre de la Montagne Magique à Bruxelles du 17 au 20 mai 2012.

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