En 2011, «je me suis relié».

Entre mon métier de consultant et de formateur, ma passion pour les arts et ma vie sociale, j’ai le sentiment d’avoir créé un tout lisible et cohérent. Mes premières définitions du spectateur «Tadorne» (nom du blog et d’un canard migrateur!) se sont enrichies grâce à la dynamique d’un projet global qui nourrit ma quête de sens.

Pour reprendre l’expression chère à Jacques Rancière, être un «spectateur émancipé» suppose de tâtonner dans la recherche de nouvelles articulations. J’ai très vite compris que ce positionnement était un processus (substituer à la consommation de spectacles, une relation à l’art au centre de tout) : il véhicule suffisamment de résistances et de peurs pour être vecteur de changement. J’ai donc poussé mes propres frontières et assumé : peu à peu, l’art s’est immiscé dans mon métier. À Martigues, j’ai accompagné la fusion de l’école de Musique et de Danse en créant une dynamique de projet global. À Vénissieux, au cours d’une formation sur l’approche systémique, j’ai posé des livres d’art sur la table pour que chacun s’en saisisse et évoque son positionnement professionnel. À la CAF des Bouches-du-Rhône, j’ai proposé l’intervention du chorégraphe Philippe Lafeuille auprès d’un public de travailleurs sociaux : lui seul pouvait les aider à relier le corps et la tête ! À Marseille, j’ai réuni (avec Graziella Végis et Nathalie Dalmaso du Théâtre Massalia) dans un cursus de formation, des professionnels de la petite enfance de deux collectivités (Martigues, Fuveau) et de la Maison de la Famille. Ils se sont formés pendant huit jours sur la question de «l’art et les tout-petits». Comme pour le Tadorne, il s’agissait de s’éloigner d’une consommation de spectacles calqués sur le calendrier (Noël, Mardi gras,…) pour vivre la relation à l’art comme vecteur de valeurs et de communication vers le tout-petit et sa famille. Cette formation a bouleversé des représentations et mis en mouvement bien des postures. En 2012, des artistes seront en résidences dans les crèches ; des ateliers incluant les familles seront proposés. Ces professionnels sont venus au Festival Off d’Avignon, à une table ronde que j’animais. Avec les artistes, ils ont échangé sur les spectacles et bien au-delà : pour quoi l’art et les tout-petits? Ainsi, nous avons inauguré un cadre propice à un lien transversal entre spectateurs «émancipés» et artistes en quête d’un nouveau dialogue.

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(Ulla Von Brandenburg – Biennale de Lyon 2011)

C’est donc à partir de porosités (consultant-spectateur / petite enfance- théâtre / social – danse) que j’ai ouvert des espaces. Ils ne peuvent être à l’initiative d’institutions culturelles: elles sont trop verticalisées pour questionner leur fonctionnement et accueillir des modes transversaux de communication (passer du haut vers le bas au côte à côte). A partir de notre relation à l’art, il faut créer les conditions de la mise en réseau des spectateurs, des artistes et des professionnels pour nous aider à relier ce que nous cloisonnons. Je suis d’ailleurs troublé de constater que les spectateurs qui se reconnaissent dans ma démarche (notamment à partir de la page Facebook du Tadorne) font ce même travail de décloisonnement. Être Tadorne, c’est vouloir devenir un spectateur global  et entraîner les autres!

La question de la médiation culturelle m’a bien sûr traversé d’autant plus qu’elle se relie à ma fonction de formateur. La médiation est un processus: elle est une composante de bien des métiers. Dans le secteur  social et éducatif, on ne compte plus les initiatives locales qui permettent la rencontre entre artistes et habitants. Mais ces innovations ne s’écrivent pas et ne font pas patrimoine par manque d’espaces appropriés qui puissent les recevoir et les inscrire. «La maison de théâtre» à Marseille organisera la Biennale des Écritures du Réel en mars 2012. C’est dans cette espace que j’ai proposé une  formation. À suivre…

2011 signe aussi mon positionnement institutionnalisé en articulation avec les dynamiques transversales que j’initie. J’ai accepté d’être président d’une compagnie de danse et de siéger à la commission des experts danse de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (régions PACA et Languedoc Roussillon). Ces expériences enrichiront ma relation aux artistes tout en m’inscrivant dans un nouveau processus, sachant que mon métier de consultant m’aidera à interroger le sens du projet.

Être Tadorne, c’est toute une vie.

Pascal Bély, Le Tadorne.

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