2011 s’achève et comme chaque année, vient l’heure du repérage des traces indélébiles, des oeuvres qui ont fait leur chemin en traversée pour se nouer à des points de contact insoupçonnés.

En 2011, sur 139 spectacles vus, trois oeuvres m’ont durablement marqué. A priori, elles n’ont aucun lien entre elles, mais elles sont à l’image d’une année 2011 débutée sous le signe des révolutions durables (politique et écologique). Entre l’invocation et la convocation, elles ont interrogé mes systèmes de représentation, interpellés ma posture de spectateur, positionné le corps intime comme langage de la souffrance universelle.

Avec «Sur le concept du visage du fils de Dieu» de Roméo Castellucci, la scène fut un miroir inversé pour interroger ma façon de regarder le monde. J’en suis sorti vidé d’avoir tant écouté, relié, éprouvé, sous l’oeil impassible du visage de Jésus. Athée, ma religiosité fut une révélation.

En interprétant à sa «façon» «Hamlet», Vincent Macaigne m’a bouleversé. «Au moins j’aurai laissé un beau cadavre» n’a rien dit sur cette tragédie que je ne savais déjà. Sauf qu’il a changé la focale, décalé ce qui était figé dans mes représentations sur le pouvoir et métamorphosé la scène en espace quasi liquide capable d’accueillir les corps institués en mal d’amour. Un travail exceptionnel pour des spectateurs désireux de ne plus se laisser manipuler par des esthétiques sans fond.

Israel Galvan est le plus grand danseur de flamenco. Avec «La edad de Oro», je n’en suis toujours pas revenu.  Il célèbre le Flamenco comme Anne Teresa de Keersmaeker épure la danse contemporaine. Son corps est une terre humide qui capte l’énergie pour nous la restituer. Il est entré en moi pour abattre toutes mes barrières de défense. En juin 2011, j’écrivais : «Sa féminité est une rose qu’il vous tend tout en se piquant les doigts. Il saigne, mais sa rage d’en découdre est son pansement. On le croirait trembler de la tête aux pieds, mais ce n’est que le bruit de ses ailes d’anges, comme un claquement de dents. La musique est une onde qu’il attrape au vol pour se laisser traverser et terrasser. Il se relève : l’art n’abdique jamais. Sa danse est un rapport de force pour imposer la paix des braves ; la musique et le chant, un hymne à la terrible beauté.« 

2011, l’année du corps.

Corps et âmes.

Pascal Bély, Le Tadorne

A lire aussi:

En 2011, 20 oeuvres chorégraphiques essentielles.

En 2011, 20 mises en scène essentielles.

« Sur le concept du visage du fils de Dieu » de Roméo Castellucci, Festival d’Avignon. Sur le Tadorne:  Pour Roméo Castellucci, contre la censure des malades de Dieu.

castellucci

 « La edad de Oro » – Israel Galvan -Festival Montpellier Danse. Sur le Tadorne: Galvánisé.

 «Au moins j’aurai laissé un beau cadavre» de Vincent Macaigne – Festival d’Avignon. Sur le Tadorne:  Le Prince Vincent Macaigne vous attend.

 

 

 

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