C’est un rendez-vous, tant désiré, depuis tant d’années. «Pudique Acide». «Extasis».

Les titres sont en soi un poème. Reliées entre eux, ils forment un ensemble entre passé (ces oeuvres datent de 1984 et 1985), présent (Mathilde Monnier et Jean-François Duroure en proposent une recréation) et futur (les deux danseurs, Sonia Darbois et Jonathan Pranlas im(ex)plosent par leur jeunesse).

Enchevêtrées, cet ensemble tisse entre nous et la danse, un lien qui traverse les générations de spectateurs et d’artistes. À n’en pas douter, vingt-sept après, il n’a rien perdu de sa pertinence, d’autant plus qu’entre temps, le duo s’est plutôt fait rare. Le solo domine les nombreuses propositions émergentes où l’on sonde le sens à partir de la profondeur d’un geste, à la frontière de l’inconscient.

Le duo est autre. C’est un espace où nous projetons le désir dans la relation à partir d’une infinité de configurations : le jumeau, le semblable, le couple, le différent car complémentaire, le masculin dans le féminin. Le duo est une dynamique qui emprunte tant de chemins chaotiques pour signifier que la cohérence est un processus. Le duo, c’est la communication, en boucle, du haut vers le bas, du haut d’en bas et surtout de travers. Le duo est vital.

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«Pudique acide» vitalise ma relation à la danse contemporaine, car elle est une recherche sur la communication. La dramaturgie fait émerger deux personnages de théâtre, qui m’habiteront tout au long de la soirée.

Comme un éternel (re)commencement, à la lisière de l’adolescence et de l’âge adulte, de la partition chorégraphique et du langage musical. Sur une musique de Kurt Weill, ils s’élancent avec leur kilt dont ils se débarrassent pour mieux se différencier, s’apprivoiser, se chercher et se rechercher. La langue allemande  projette de la nostalgie dans leur futur. Ils osent tels des affranchis. Probablement seraient-ils des indignés aujourd’hui…À ce jeu du chat et de la souris, il n’y a ni gagnant, ni perdant, mais une victoire: celle du désir de se métamorphoser ensemble.

«Pudique acide», c’est se délester de sa jupe pour célébrer la «pudeur des sentiments /maquillés outrageusement / rouge sang»1.

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Dans «Extasis», notre duo nous revient, plus grave. Le kilt provocant a disparu pour se muer en imperméable inquiétant d’où dépasse un tutu florissant. Ils hésitent entre peur et désir de libérer leur énergie créative. Dans ce décor tout blanc de cinéma où le scénario n’est pas encore écrit, ils jouent leur histoire d’amour à mort. Entre réel et fantasme, entre ombre et lumière, entre dedans et dehors, ils renoncent pour avancer, vers soi, vers l’autre. Leur désir est une tragédie. Leur jeunesse, un théâtre où les masques tombent. C’est beau à vous couper le souffle. C’est triste à vous laisser submerger par la joie de ressentir une danse d’une vitalité saisissante.

À la nuit tombée, «Extasis» est une danse de libellules  sensuellement transmissible.

Pascal Bély – Le Tadorne.

« Pudique Acide / Extasis » de Mathilde Monnier et Jean-François Duroure au Théâtre de l’Olivier le 5 novembre 2011.

Les dates de tournée sont ici.

(1) « Les dessous chics » de Serge Gainsbourg.

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