En préambule : Il est dommageable que certaines lectures critiques dévoilent «trop» les images qu’a construites Romeo Castellucci et qui forment «l’essentiel de son théâtre». Le processus de réception de cette création en sera, je crois, inévitablement modifié. Je reconnais qu’en décrivant les tableaux, cet article aurait été plus facile à écrire et peut-être plus simple à «comprendre». Mais…A chacun ses «d/Dévoilements»…

C’est à une ébauche que nous avons assisté, le spectacle ne semblant, d’évidence, pas encore totalement «calé» ; qu’importe. Roméo Castellucci a quelques mois pour  présenter «Le voile du pasteur» cet été au Festival d’Avignon.

J’ai retrouvé ici le faiseur d’images somptueuses (bien que, parfois, manipulatrices) plein du talent d’ouvreur de paysages intérieurs que je n’avais pas croisé avec «Inferno», joué dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes en 2008. La nouvelle qui donne son titre au spectacle lui a offert de quoi nous ouvrir/offrir son aujourd’hui en nous laissant ce qu’il faut de place pour interroger le nôtre. De la parabole de Nathaniel Hawthorne dans «Le voile du pasteur», Roméo Castellucci crée la sienne.

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Ce spectacle est un gouffre ascensionnel?  Chaque tableau est de violence beauté fulgurante. Ballade âpre entre ce que l’on voit et ce que l’on croit voir, entre un réel et un imaginé. Cruelle épopée mentale et intellectuelle. Déroulé de traces, effraction dans l’univers des images, des «H/histoires», collectives et individuelles?.
Nous ne sommes pas ménagés dans cet étrange voyage qui nous transporte pour interroger nos regards, nos visions, nos anticipations? nos places de spectateurs? Nous sommes presque bombardés?, l’environnement sonore complétant le travail de l’image.

L’histoire est construite autour d’un élément emblématique : le voile noir dont le Révérend Hooper couvre son visage pour le dissimuler aux yeux du monde. Le récit se déroule dans la Nouvelle-Angleterre, dans la communauté puritaine de Milford. Un dimanche matin, les paroissiens qui assistent au service religieux sont stupéfaits de voir apparaître leur pasteur le visage couvert d’un voile noir descendant jusqu’à la bouche. Tout au long de sa vie, pas un seul instant le pasteur ne renonce à ce voile, même lorsque sa fiancée Elizabeth l’y exhorte. »

Extraits du texte de Piersandra Di Matteo

D’un chao infernal (vision de notre monde, de celui d’avant?) on glisse vers l’émergence du texte pour être ensuite invité, dans un intérieur austère aux accents bergmaniens, à la rencontre du pasteur. Un train fumant envoie ce dernier dans les limbes et ouvre un présent version Castellucci.
De crêpe noir, le voile se fait lourde plaque de verre que l’on traîne; on se dévoile, s’expose entier aux regards, mais?, protégé/inaccessible. L’écran transparent se fait coupure du corps et de l’espace, il tranche entre soi et l’autre. On ne voile plus le regard pour se soustraire. Mais, un rempart cristallin/limpide (incassable ?) nous sépare/protège de l’autre, des autres, nous empêche à lui/eux, quand bien même il laisserait? Tout voir.

«Toc, toc, toc, Qui êtes-vous ?… Nous sommes les monstres!». De quel côté de la vitre, du rideau, de l’écran ?
Qui/Que sont les spectateurs, les acteurs?? Où sont-ils?? Quel corps ont-ils pour celui qui crée/les crée?? De quel  fantasme(s)/désir(s) participent-ils ? Ont-ils/prennent-ils une place dans ce qui se joue, là, sous les yeux de caméras «Catafalques»  et  «Fétiches cataboliques»?
Rien n’appelle l’émotionnel  brut, nous sommes presque dans les mathématiques/sciences  appliquées.  Ça bouscule! Mais, c’est davantage à une démarche intellectuelle  que semble nous inviter Castellucci. Pourtant, le tout touche à l’existentiel et à l’intime, sans détour aucun. Mais, avec le dernier «Chapitre», soin nous est offert/enjoint d’emporter nos dévoilements.
Question toutefois : ce spectacle tient-il une deuxième vision quand l’effet de saisissement n’est plus? Les questions qu’il ouvre là seront-elles encore? Ou, la facilité de certains tableaux envahira-t-elle alors l’espace à en ouvrir de l’agacement? Je reste méfiant avec Castellucci !  

Cette ébauche peut se bonifier ou se détériorer, à voir/revoir quoi qu’il en soit.
Bernard Gaurier – Le Tadorne.
« Le voile noir du pasteur » par Roméo Castellucci au TNB de Rennes du 15 au 19 mars 2011. Au Festival d’Avignon du 20 au 26 juillet 2011. A Berlin du 13 au 15 octobre 2011. Au Théâtre de la Ville de Paris du 20 octobre au 4 novembre 2011. A  Rome du 9 au 19 novembre 2011. A Strasbourg du 1er au 4 décembre 2011. A Poitiers les 9 et 10 décembre 2011. A Toulouse les 15 et 16 décembre 2011.

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