J’inaugure cette semaine une série d’articles autour de mes rencontres avec des établissements culturels. Depuis 2009, j’ai proposé différentes actions visant à développer un modèle de relation contributive entre  professionnels du spectacle, de l’éducation, du social, artistes et spectateurs. Premier retour avec la Scène Nationale de Martigues.

C’était au départ une idée originale et courageuse. Préoccupée par la volatilité des spectateurs, Annette Breuil, directrice du Théâtre Des Salins de Martigues, souhaitait engager un dialogue différent avec le public en posant un cadre sans expert et hiérarchie pour l’écouter. Dès 2009, je proposais d’organiser une série de débats participatifs (« que voulons-nous faire ensemble ? »). Je formulais une première  hypothèse : renforcer un service public de la culture suppose de privilégier des relations contributives entre professionnels, artistes et spectateurs (de plus en plus « cultivés » et en réseau via internet notamment). La première saison de «Y’a des Ho! Y’a débat!» pouvait commencer! Le premier rendez-vous en septembre 2009 sur la place du spectateur et du programmateur a quelque peu déçu : il n’a pas réussi à dépasser le schéma descendant entre le public et Annette Breuil. Malgré tout, le besoin de libérer une parole autour des choix de programmation était palpable.

Quelques semaines plus tard, le débriefing a permis de formuler une seconde hypothèse: ouvrir la relation à l’externe suppose d’amplifier la communication à l’interne. J’ai proposé à l’équipe de s’approprier le projet (qu’il ne soit plus centré sur Annette Breuil ou moi-même) et de partir à la rencontre des spectateurs avec une caméra vidéo et une question en tête, thème du deuxième débat («le Théâtre des Salins est-il un lieu d’échanges?»). Un émouvant reportage a fait l’ouverture de la rencontre et permit à l’équipe de créer les conditions d’un échange sincère avec le public. L’intervention par téléphone du chorégraphe Michel Kelemenis sur sa conception d’un théâtre ouvert a offert une perspective passionnante. Au final, la forme de ce rendez-vous (film, débat, interview téléphonique) a multiplié les angles, fluidifié la communication et renouvellé le genre.

Lors d’une réunion bilan, l’articulation «Y’a des Ho ! Y’a débat!» avec un travail d’équipe a été validé (cela crée le «ciment» à partir d’un temps collectif où la recherche du sens  par le langage symbolique et métaphorique garantit la vision globale). La réflexion sur le lien entre nouvelles technologies et théâtre a été jugée pertinente, car elle permet de réfléchir sur le sens de la communication. La dynamique autour de ces débats a interrogé le positionnement des professionnels en envisageant des ouvertures dans un contexte où la relation avec les spectateurs évolue en permanence (billetterie sur internet, nouvelles pratiques culturelles, concurrence accrue de l’offre de spectacles).

Mais pour penser les futures actions envers les spectateurs, l’équipe devait consolider ses fondements à partir de trois axes :

1. Identifier les valeurs de son projet et savoir le communiquer en interne et en externe

2-Travailler  sa dynamique relationnelle pour décloisonner les fonctions et les métiers.

3. Relier les actions de médiation et de communication pour créer des passerelles, des mises en réseau, susceptible de développer qualitativement les publics.

A ce stade du projet, j’ai formulé une troisième hypothèse : un formation pourrait accompagner l’équipe à  définir son socle de valeurs à partir des processus du management participatif.

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Celle-ci n’a pas vu le jour. J’ai proposé à Annette Breuil de poursuivre la démarche en redéfinissant la relation avec le public par l’artistique et le festif. Ainsi est né, «Faire la fête à la Scène». Profitant de la semaine où les Scènes Nationales vont fêter leur 20ème anniversaire en mars 2011, j’ai suggéré d’enclencher avec l’équipe une série d’actions symboliques pour libérer la créativité des spectateurs et des professionnels. En étroite collaboration avec un collectif pluridisciplinaire d’artistes et l’Ecole de Danse de la ville, chacun expérimenterait de nouvelles modalités de communication (Flash mob, bal, mapping vidéo, parcours artistique au sein du théâtre, ateliers d’écriture avec un plasticien et mise en mouvement par un chorégraphe). A ce jour, le Théâtre des Salins a retenu la journée du 18 mars 2011 pour qu’on lui fasse la fête.

L’équipe vivra une expérience unique qui lui donnera, sans aucun doute, l’énergie pour penser un projet global de développement : qualitatif, ouvert, inscrit dans la durée, innovant et démocratique.

Pascal Bély -Le Tadorne.

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