Les applaudissements de la salle ne trompent pas. Le public, composé d’enfants et d’adultes peine à quitter les gradins. Avec «Debout» de Nathalie Papin, mise en scène par Alexandra Tobelaim, on en reste assis. L’enfant s’était pourtant couché. Au fond du trou. Victor, le fossoyeur, le découvre. Commence alors un dialogue surréaliste, enlevé, et plein d’humour : «Qu’est-ce que tu fais là ? – J’essaye de mourir – Tu n’as pas l’air de bien y arriver».  Ces deux marionnettes, magnifiquement interprétées par Sylvie Osman, semblent faites d’une matière minérale composée de nos chagrins d’enfant fossilisés par le temps qui passe. Le jeu des lumières laisse entrevoir le noir, le sable qui file entre les doigts comme si l’enfant n’avait plus prise sur son destin.

Car ce jeune garçon de dix ans, battu par sa mère, n’en peut plus. Il n’en veut plus. Victor l’encourage à se relever jusqu’à le prénommer «Debout» et le guide vers le cimetière des gitans d’où l’on peut rencontrer d’autres mères. À lui de faire ses recherches. Il a le choix. Il y croise Mère Verticale, droite dans sa botte, dont le seul sein va droit au coeur des papillons qui n’auraient pas dû passer par là ! Il y a Mère Jardin, qui enracine ceux dont la terre nourricière s’est dérobée. Plus tard, il tombe sous le charme de Mère Araignée (ma préférée !), celle qui tisse les liens pour se relier tout en se protégeant des petites bêtes rapaces ! Plus loin, il y a Décaèdre, la mère à dix mains, à tout faire et probablement à tout défaire ! Et puis, l’inoubliable «Mère des Mères», celle qui porte les valeurs, les principes démocratiques et éducatifs (certains reconnaîtront Françoise Dolto, d’autre Marcel Ruffo ou Sigmund Freud!). Par un jeu subtil de lumières, ces mères apparaissent et disparaissent comme dans le manège où nous attrapions le pompon. Ces «marionnettes – doudous», apprivoisent nos peurs d’enfant et symbolisent nos angoisses d’adultes dans notre lien à la mère.  Avec une belle agilité, Sylvie Osman nous fait naviguer entre ces deux registres pour tisser le fil d’Ariane qui relie petits et grands. Je suis alors bercé tandis que mon siège bouge par les soubresauts d’une petite fille à côté de moi…

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«Debout» a la force d’un conte moderne, à la recherche de nouveaux mythes pour éclairer la voie. Car le lien du sang est complexe : il ne peut se réduire à une approche binaire et seul le langage métaphorique permet d’en saisir les subtilités. Je comprends vite que les écritures scéniques et littéraires sont liées par une recherche sérieuse et créative : on ressent toutes les influences du travail des psychologues, des éducateurs et des professionnels de la petite enfance. Avec «Debout», le théâtre «jeune public» démontre une fois de plus son ancrage dans une société qu’il accompagne à se civiliser toujours un peu plus. Pour éviter de se coucher face à ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille…
Pascal Bély – www.festivalier.net
« Debout » de Nathalie Papin, mise en scène d’Alexandra Tobelaim a été présenté au Théâtre Massalia (Marseille) du 11 au 14 janvier 2011.

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