En 2010, ils ont envahi la scène, avec démesure, comme une occupation pour faire face au déluge du laid et du bête.  Ils ont bousculé les codes de la représentation, les mythes, l’histoire pour nous offrir en spectacle nos névroses collectives et individuelles et nous donner notre part de rêve, car c’est elle qui préserve le processus de création des bouffons du roi. Petite sélection parmi 140 spectacles vus en 2010: dix oeuvres qui, sans être à la mode, sont d’une belle modernité. 

Pina Bausch / «Nelkein», « Le sacre » / Biennale de la danse de Lyon et Monaco Danse Forum 
Simon McBurney, «Shun-Kin», Festival d’Autonme de Paris. 
Gisèle Vienne / «This is how you will disappear » / Festival d’Avignon 
Christoph Marthaler et Anna Viebrock / « Papperlapapp » / Festival d’Avignon. 
Christoph Schlingensief / « Via Intolleranza II » / KunstenFestivalDesArts de Bruxelles 
David Bobée / «Hamlet» / Les Subsistances, Lyon. 
Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde / «Un nid pour quoi faire» / Festival d’Avignon. 
Pierre Rigal, «Micro» / Festival d’Avignon. 
Grégoire Calliés / « La petite Odyssée » / Théâtre Massalia (Marseille) 
Gwenaël Morin / «Bérénice d’après Bérénice de Racine» / Théâtre de la Bastille, Paris.
Il fallait être Suisse-Allemand pour oser métamorphoser la Cour d’Honneur du Palais des Papes et se payer sa(ses) tête(s). « Papperlapapp » de Christoph Marthaler et Anna Viebrock fut décrié, mais je persiste: jamais ce lieu n’a été aussi génialement occupé pour un spectacle qui m’a fait hurlé de rire et frissonner de peur.
À la chapelle des Penitents Blancs d’Avignon, le chorégraphe Pierre Rigal a lui aussi transformé le site en salle de concert! Avec son groupe, il s’est autorisé dans «Micro» toutes les audaces pour que son rock chorégraphié soit une révolution.
Il est allemand et probablement africain. Il nous a quittés à la fin de l’été. Avec  «Via Intolleranza II», Christoph Schlingensief a osé occuper la scène du KVS-BOL à Bruxelles pour y donner un opéra germano-africain totalement fou pour en appeler à la raison: l’Afrique n’est pas à vendre, mais elle peut nous accueillir.
Personne ne peut la caser et c’est sa chance. Gisèle Vienne a créé une forêt sur scène pour nous embrumer jusqu’à soulever l’humus posé sur des corps violentés. «This is how you will disappear » restera pour longtemps une très belle oeuvre théâtrale, chorégraphique et musicale.
Allait-il oser toucher à «Hamlet» ? Le jeune metteur en scène David Bobée a créé l’événement de la rentrée dernière en proposant une mise en scène branchée avec des acteurs sensibles pour comprendre la folie du pouvoir. Efficace par les temps qui courent. D’autant plus qu’au cours de l’été, Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde avec «Un nid pour quoi faire» nous avaient déjà conté l’histoire d’un roi fou barricadé dans un décor de chalet de montagne. Cette allégorie du système sarkozyste et berlusconien fut spectaculaire, car inattendu dans un paysage théâtral français bien mou à l’égard du pouvoir en place.

Avec son majestueux théâtre de marionnettes, Grégoire Calliés  dans  «La petite Odyssée » a convoqué petits et grands pour nous entraîner dans la folle histoire des idées où les innovations, l’art et les  conflits s’enchevêtrent à partir d’une mise en scène et de décors qui  ont mobilisé tout notre «sensible disponible. Notre petit roi n’y fut même pas évoqué…

Encore une histoire de roi et de reine avec «Bérénice d’après Bérénice de Racine» mis en scène par Gwenaël Morin. Le spectacle, c’est lorsque la langue de Racine se pare des beaux atouts de la modernité: le texte s’envole, se débarrasse de ses oripeaux et nous fait peuple de Rome et de Palestine, garant de la raison d’État et protecteur de l’amour d’un roi pour sa reine! Entre le théâtre de Grégoire Calliés et celui de Gwenaël Morin, il y a eu Simon McBurney. Dans «Shun-Kin», le corps amoureux prend le pouvoir sur la douleur du monde, sur la lente déflagration de nos sociétés individualistes.Un spectacle si beau que l’on  aurait pu fermer les yeux.
Et puis, en 2010, il y a eu Pina Bausch. Il a fallu en faire des kilomètres pour la voir à Lyon («Nelkein») puis à Monaco («le sacre»). Deux oeuvres majeures où la scène parsemée d’oeillets ou de terre a vu les corps se fracasser d’amour. La danse de Pina Bausch a laissé ses empreintes.
C’est spectaculaire, croyez-moi.
Pascal Bély, Le Tadorne

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