Le bonheur m’inonde lorsque je repense à ces quarante jeunes danseurs, d’horizons et de cultures si différents. Une danse à l’unisson qui a fait son chemin et ne les quittera plus. «Les rêves dansants», le très beau documentaire sur la création de «Kontakthof»,de Pina Bausch nous plongent au coeur de l’acte créatif et de la difficulté d’être quand on a quinze ans.

Travail douloureux que l’apprentissage du corps, le toucher, le sensible, le cru et le cuit. La danse de Pina Bausch leur offre cet espace avec son lot de questionnements. Rien n’est évident. Et pourtant, avec la vigueur et l’affirmation de soi, chacun trouve sa place dans ce groupe à diverses facettes. Cette belle image donnée à la jeunesse, que l’on dit sacrifiée, mais qui est ici volontaire, poursuivant un objectif commun (celui de la représentation), nous procure des ailes dans le dos.

La filiation, qui leur est donnée de porter (l’acte de danser des pas déjà interprétés par d’autres, notamment par des séniors), leur semble naturelle. Jo Ann Endicot et Bénédicte Billiet (collaboratrices de Pina Bausch) sont là, présentes, l’ouïe et le regard attentifs au moindre geste, à la moindre résistance du jeune corps. Les liens se tissent, une énergie se met en place, un but commun naît et l’implication personnelle de chacun, provoque l’engagement du groupe.
Cet acte dansant se joue de tous les beaux discours. Il replace le jeune, cet être hybride que nous avons du mal à cerner, au c?ur de la cité, tout en l’incluant dans la réflexion et se nourrit de lui.
Une écoute, faire confiance en, dialoguer, lier les êtres. Pina avait compris comment on met en mouvement une société à partir de sa jeunesse et de ses vieux…

…puis un festival de courts, j’y cours

Niché dans le village de Cabrières les Avignon, le festival « Court c’est court », organisé par l’association Cinambule, offre au public une vision à 360 degrés du monde. Pas de misérabilisme, ni de complaisance, mais une mise en images toujours juste, parfois drôle et dérangeante. Petite sélection.

« Une vie » d’Emmanuel Bellegarde est le plus percutant et le plus court (1min 47 secondes pour être précis). Efficace, nécessaire, il interroge notre rapport au marginal, celui que l’on ne voit plus. Marginalisé par qui, par quoi et pourquoi ? Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à  ne pas s’inclure, mais plutôt de s’exclure d’une société qui ne cesse de prôner la performance? Quelle est la valeur que l’on porte à l’être humain ? La valeur d’une vie ? Pas si sûr?

« The Marina experiment » de Marina Lutz est de loin le film le plus nauséeux qu’il m’ait été donné de voir. Marina expérimente une relation étrange avec son père. Tout au long de sa vie, celui-ci la photographie et l’enregistre. À sa mort, Marina retrouve les bobines et autres photos dans des cartons. D’un savant archivage, de recoupage en recoupage, elle explore sa relation au père  tel qu’il est et/ou tel qu’elle le voit. La suprématie masculine et une forme de lien incestueux colorent ce documentaire. «Lemon incest» résonne alors à mes oreilles. Marina Lutz nous dévoile un coin du canevas sans aller jusqu’au bout de son histoire. Elle dépose son fardeau à nos pieds et nous le fait porter.

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« Between dream » d’Iris Olsson est le court le plus mystérieux, le plus onirique, mais totalement rafraîchissant. Imaginez-vous dans un train couchettes, quelque part entre la Russie et l’Estonie, en train de rêver et de dire ces rêves. La nuit est froide, le train peut accueillant et pourtant. Il se passe quelques minutes essentielles à toutes les vies, ces minutes suspendues où tous les possibles deviennent vrais, où toutes les barrières cèdent. Ces minutes partagées avec les occupants du train où je rêve aussi avec eux.

Je me vois danser «Kontakthof» avec les jeunes danseurs que j’avais quittés quelques jours plus tôt. Pour croire, encore.

Laurent Bourbousson -www.festivalier.net

« Les rêves dansants. Sur les pas de Pina », film documentaire d’Anne Linsel. Toujours à l’affiche
Festival Court c’est Court, organisé par l’association Cinambule, s’est déroulé du 18 au 21 novembre 2010, à Cabrières d »Avignon.

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