Elle est là ce soir, après le festival d’Avignon. Je ne l’attendais pas aussi vite. Elle est là et une fois de plus elle est magnifique. Une fois encore elle «s’offre» pour parler la souffrance de l’une et de tous, ce soir encore elle me traverse le coeur et l’âme entre violence et douceur. «Te haré invencible con mi derrota» (« Je te rendrai invincible par ma défaite« ), comme une cérémonie intime, dédiée à la violoncelliste Jacqueline Du Pré (décédée d’une sclérose en plaques en 1987), claque haut l’étendard de son être talent.
Seule sur scène, de blanc et de sang, elle nous invite au profond de la douleur pour interroger la vie, le conflit entre matière et esprit. Elle s’offre «Christique» pour nous faire toucher la sève de nos errances ignorances. De son «bric-à-brac» scénique, elle tire des images de poésie tragique belles comme des cantates abandonnées ; de son corps elle donne l’intérieur pour nous faire entendre l’oiseau qui se meurt sur la grève. Elle ose ce qu’on ne montre pas et ce qu’on ne dit pas pour nous faire voir le bruit violent de nos quotidiens englués dans les griffes de dictats meurtriers. Elle convoque les «hommes» pour leur nommer la fatuité et la bêtise que «d’oublier» ses fragiles. Elle crie la vie comme une guerre infâme dont nos yeux se repaissent, elle crie du plus loin de nos manques et de nos questions, elle s’incendie d’un «pourquoi ?» existentiel, elle libère les tortures de nos intimités les plus enfouies.

 

Dans ce dialogue entre vie et mort, ce n’est plus de citron qu’elle lave ses blessures, c’est le whisky qui cautérise l’extérieur comme l’intérieur. Les pétales de fleurs se font plaies, le sang coule pour irriguer les tissus, il laisse trace pour nous confronter au plus forts de nos interdits… Le pain est rompu après un jeu comme de « mort-pions » et le message qui s’y cache semble n’être qu’une farce de plus. Le feu dévore une main de cire, comme la maladie brûle celui qui souffre de se voir partir goutte à goutte. Elle se fait proue d’une armada de violoncelles pour haranguer la mort. Elle s’harnache de noir et « s’encapuche » pour dénoncer nos terrorismes guerriers via un tir de paintball comme « homme » en joue, en bande, dans les bois, pour se sentir vivant à travers des meurtres pour de faux.  Elle éjacule en couleur, fuck you ! fuck la mort ! Elle illustre nos démissions/soumissions et nos fatigues à coup de pop corn, avalé sous une couverture de survie,….

Elle, elle s’appelle Angelica Liddell, elle à la fureur de se donner pour nous faire entendre la triste comédie de notre tragédie humaine et dénoncer l’implacable violence de nos vies. Elle ne triche pas, elle fait de son corps un langage, son théâtre n’est pas d’artifices.
Pour finir, en s’éclipsant sans retour, elle nous murmure la mesure du don qu’elle vient de nous faire. Elle nous laisse alors seuls, pour traiter comme il se doit, les ombres lumières où elle nous à permis d’aller; elle nous a autorisés à voir ce qu’il en est pour elle de vivre, n’en exigeons pas plus. Retirons-nous, avec élégance, laissons-la maintenant aller en silence et laissons nous vivre nos émotions à l’endroit où nous pourrons le faire.
Alors…, je pense à Toi…, qui ne me m’entendras pas/plus?, je pense aussi à Baudelaire, à Rimbaud,  à Sarah Kane…
Et à l’heure de ces mots qui ne disent que peu…Je pense à vous Angelica…
Bernard Gaurier-www.festivalier.net
 
« Te haré invencible con mi derrota » de Angelica Liddell au Festival « Mettre en scène » du 4 au 6 novembre à Rennes

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