C’est une voix qui résonne dans la salle Benoit XII : « je vous remercie de mettre le spectateur en état de risque ». Cette belle phrase est adressée à Hortense Archambault et Vincent Baudriller, actuels directeurs du Festival d’Avignon, dont le mandat se termine bientôt. À ce moment précis, nous sommes quelques-uns à ressentir ce qu’il nous est arrivé l’été dernier. Ces deux-là nous propulsent à chaque édition dans le risque et l’instabilité. Ils «accompagnent» le travail de certains spectateurs (dont votre serviteur) à se confronter aux formes contemporaines de l’art, au langage théâtral, loin du clivage entre texte et corps. Le public a beaucoup progressé si l’on se réfère au succès rencontré par les chorégraphes et les performeurs de l’édition 2010. Depuis 2004 (date de l’arrivée du binôme actuel), Avignon est devenu « le » festival de création contemporaine comme se plaît à le rappeler un spectateur lorsqu’il fait référence au dernier spectacle de Warlikowski chahuté par le public parisien (« ça, c’est un spectacle pour Avignon !»).

Mais ce soir, pour cette soirée bilan, une partie du public a besoin de (re)jouer sa régression infantile. Il y a toujours ceux qui regrettent Jean Vilar (Vincent Baudriller a raison quand il dit:«vous ne retrouverez jamais une mise en scène de Jean Vilar», « le théâtre est toujours un art du présent »). Il est donc beaucoup question de « Richard II », joué dans la Cour d’Honneur. Soit pour vanter la traduction de Frédéric Boyer (une spectatrice nous fait un joli cours à ce sujet précisant que «traduire, c’est aussi créer»), soit pour dénoncer l’ennui de la mise en scène. Mais derrière ce reproche, toujours le même regret : Vilar est mort ! Jusqu’à la sentence d’un spectateur : «vous ne savez pas doser entre théâtres classique et contemporain !».
Puis vient toujours le moment d’opposer le « in » et le « Off » (Hortense Archambault a raison quand elle dit : «ce n’est pas le même projet artistique»). ll y a aussi ceux qui regrettent le froid dans la Cour ou qu’il n’y ait pas de sanisettes dans les rues. Certains spectateurs s’inquiètent même de la proportion d’Avignonnais dans le public. D’année en année, ce type de rencontre rejoue sa dramaturgie: celle d’une France qui regarde son passé, admire ses cloisons et regrette sa puissance perdue!
Loin de cette musique habituelle,  Hortense et Vincent (comme on dit ici; seul le Ministre de la Culture osa la formule sur France Inter, « Hortense et son ami »)  justifient la présence de Christoph Marthaler dans la Cour. Ils ont voulu le faire entrer dans l’histoire du festival. L’Histoire tranchera.
Plus tard, ils reçoivent des applaudissements chaleureux pour avoir organisé le bal du 14 juillet. Que cela puisse les encourager à poursuivre ce travail de réchauffement des relations entre spectateurs ! 
Puis vient le moment où je questionne leur projet de développement. Ils nous expliquent le projet de la Fabrique, futur lieu de répétition et de création qui devrait sortir de terre en 2013. On rêve avec eux d’un développement régional de la création autour d’Avignon qui rayonnerait  au-delà des frontières. J’imagine avec eux des espaces d’accompagnement du public pour en finir avec cette idée qu’il faudrait être formé pour aller au théâtre.
Je rêve alors d’une région PACA ouverte à la création contemporaine, d’une France accueillante envers les créateurs étrangers.
D’une France qui ne se laisserait pas séduire par le divertissement facile ou s’enfermer dans le théâtre patrimonial.
On se prend à rêver d’emprunter cette voie.
Mais finalement, pourquoi devrait-on changer de direction ?

Pascal Bély – www.festivalier.net.

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