Cela fait deux ans qu’ils y travaillent. Quinze adolescents issus de différents quartiers de Marseille ont créés leur collectif, «le(s) pas comme un(s) » pour une pièce de théâtre mise en scène par Karine Fourcy. A quinze, ils inversent les prémices : ce sont eux qui nous regardent à partir de leur vision du monde et de leurs rêves.

Dès le début, je savoure leurs réparties millimétrées qui font mouche. Un vrai régal, digne des meilleurs dialogues d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Je me reconnais au même âge dans leurs ressentis d’adolescent, à une différence près : leurs parents portent une (trop) lourde responsabilité face à un avenir dont l’horizon se rétrécit comme un écran de téléphone portable. À les entendre, l’ordre, la norme les obsèdent, comme s’ils rejouaient la relation infantilisante imposée par le pouvoir politique actuel ou celle qui génère la souffrance au travail dans les organisations pyramidales.

Mais à côté des parents, il y a le théâtre, espace d’écoute et de projection, à l’image d’un blog grandeur nature ! Nous sommes ce soir des spectateurs-confidents, responsables de la jeunesse d’un pays déboussolé. Sur scène, les portraits individuels se glissent parmi des photos de groupe (magnifiques instants où les corps de ces quinze ados côte à côte dégagent une force créative impressionnante) et des moments gracieux de rêverie accompagnés par une bande-son où Clarika côtoie Gil Scott-Heron. Ces adolescents  semblent avoir grandi avec cette pièce comme en témoigne leur rapport au corps qui évolue jusqu’à esquisser vers la fin une danse libératoire.

Mais il manque une parole « politique » pour ouvrir leur ressenti vers le sociétal, vers nous. Le contexte de la mondialisation est à peine évoqué. Rien de ce qui fait débat dans la société française ne semble les traverser,  d’autant plus que la relation binaire avec leurs parents ne peut englober la complexité des enjeux éducatifs. Où sont donc les autres éducateurs ? L’enseignant ? Inutile de compter sur lui ; caricaturé avec sa blouse blanche, il ne connaît que l’insulte comme seule pratique d’accompagnement. Internet ? Même pas effleuré !
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On finit donc par étouffer dans ce portrait d’une jeunesse enfermée dans une relation parentale verticale. Le regard que nous portons sur le  lien entre l’adolescent et ses parents est politique. Il est aujourd’hui profondément normatif, englué dans le sécuritaire, hyper contrôlant et surtout culpabilisant envers les parents. C’est ce regard que le théâtre aurait pu nous renvoyer et pas seulement la nature de ce lien qui, quelque soit l’époque, se jouera toujours dans le conflit. Il a donc manqué une hauteur de vue pour propulser ce collectif au-delà de la confidence.
Mais reconnaissons cette belle entreprise qui respecte la jeunesse et me donne confiance en elle : sa sensibilité est ma cure de jouvence.

Pascal Bélywww.festivalier.net

«le(s) pas comme un(s) » , dans une mise en scène de Karine Fourcy, joué du 21 au 24 avril 2010 à la Maison de Théâtre à Marseille.

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