Le collectif Big Dance Theater fondé à New-York à profité d’une résidence à Lyon pour concevoir le projet fou d’une adaptation du magnifique «Cléo de 5 à 7», film culte d’Agnès Varda. Grand bien leur a pris d’oser ! Leur proposition est superbe, inventive, lumineuse et rend un bel hommage à la nouvelle vague.

La créativité d’Annie-B Parson, de Paul Lazar et du vidéaste Jeff Larson, mêle avec bonheur, théâtre, danse et vidéo et finit par nous entraîner dans un univers à « la nuit américaine ». Agnès est à la scène et on vogue en vagues, douces, jusqu’à Demy, auquel on en vient à penser inévitablement. Mélange de folies sages et de drogues toutes douces qui embrument suavement le filtre blanc des Demoiselles fumé en « loucedé » par le Monsieur Dame des Parapluies. Cherbourg, Rochefort et Paris se font plages de Bretagne en voyage de Lyon à New York et la boîte à chapeaux se fait pleine de malice. La boucle se boucle, Varda et Demy font 1 et 1 à 2 ; le 5 à 7 de Cléo se nimbe d’un aujourd’hui aux couleurs encore vives d’un hier.

Des panneaux virevoltants masquent à peine le ballet des parapluies et, de tapisseries sans âge, se font écrans de nos nuits blanches à interroger la vie, la mort et l’amour. On découvre/redécouvre la magie et la force de l’oeuvre initiale qui, à travers son simple script, à pu éveiller des images qui ne trahissent en rien celles que l’on pourrait avoir en mémoire, voir même au contraire les ravivent et les portent au présent. Le format resserré (de deux heures on passe à une) semble témoigner d’un « air du temps » où la mort et l’amour n’ont plus de langueurs à prendre, où il n’y aurait qu’au regard des arbres et au frisson des feuilles que l’on s’arrêterait pour mesurer l’essentiel de l’instant à vivre pour, un peu, le prolonger.

Cléo, ici rock star surannée, nous offre le miroir de nos vanités et nous replonge dans la nécessité de nous entendre mortels pour « savoir » vivre le présent. Que ceux qui n’ont pas vu le(s) film(s) se rassurent : la troupe ne l’a (les a) pas vu non plus ! Un hier sans images peut faire un aujourd’hui autour de ce qui nous relie. La vie, la mort et l’amour sont transgénérationnels et l’on ne cesse, Mousses, Demoiselles, Monsieur ou Madame (…Dame), d’ouvrir des parapluies de crainte que ça nous tombe dessus. « Comme Toujours, Here I Stand » nous offre la force joyeuse d’une tuile, rose et/ou bleu, qui bruisse et frissonne au vent de l’envie d’aimer.

Et… comme hier…, comme toujours… là nous restons humains dans nos fragiles…Big Danse Theatre s’habille de Varda pour nous le (re)dire…et c’est bon? !

Bernard Gaurier – www.festivalier.net

« Comme Toujours, Here I Stand »par le Big Dance Theater a été joé les 5 et 6 mars 2010 aux Antipodes à Brest.

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