Entre la chaleur et les orages, le spectateur se fraie un chemin sinueux dans le programme du off et essaie de repérer « la perle rare », approchée avec « Les nuits blanches » de Dostoïevski, mise en scène par Xavier Gallais (apprécié dans «Ordet » d’Arthur Nauzyciel)  et Florient Azoulay.

« Ils existent des auteurs et des textes qui vous poursuivent » se plaît-il à dire. Avec «Les Nuits Blanches », Xavier Gallais signe ici une mise en scène épurée. Pas besoin d’effets vidéos et autres artifices lorsque la scénographie de Daniel Gallais épouse parfaitement la dramaturgie. Et ce pour notre bien d’autant plus que «Les nuits blanches» nous parle d’amour, ce sentiment si complexe alors qu’il est souvent réduit par notre société de consommation globalisée.

Deux âmes en peine apprennent tout l’un de l’autre en l’espace d’une de ces fameuses nuits, durant lesquelles le soleil ne s’éclipse que l’espace d’un court instant. Ils se livrent à nous, sans retenue, pour nous démontrer la puissance du sentiment amoureux. Xavier Gallais campe ce jeune homme un peu gauche, où la présence de Nastenka éveille le désir. De son côté, elle attend le retour d’un être aimé, parti pour son service militaire, mais revenu depuis peu.
Ils débattent de leurs états d’âme pour nous souffler dans le creux de l’oreille leur envie mutuelle de faire vie commune, pour ne pas se retrouver seul dans ce Saint-Pétersbourg de 1848. Cette rencontre sur les bords de la Neva dégage une sensation de rêve, comme si Nastenka se donnait elle-même la réplique par les traits de Xavier Gallais pour combattre cette attente qui s’étire.
Éclairés par une lumière crue, comme celle de ces fameuses nuits blanches, Tamara Krcunovi et Xavier Gallais donnent corps à ce texte, tout naturellement, comme habités par l’écriture de Dostoïevski. L’échange gagne en profondeur au fur et à mesure de la joute littéraire. Ici, il n’est pas question d’un théâtre visuel, mais de texte. Un théâtre de sentiment que l’on aime à partager.
Certes, le langage convenu de ces deux âmes appartient à un autre temps. Une époque où se tenir la main était le mot d’amour, un geste au delà du baiser.

Je ne peux m’empêcher d’imaginer deux jeunes gens d’aujourd’hui échanger tel propos.
« Tu sais que je te kiffe ? »
« Ah ouais, mais je suis déjà maquée »,
Un peu moins romantique…Quoique.

Laurent Bourbousson
www.festivalier.net

« Les nuits blanches» de Dostoïevski mis en scène par Xavier Gallais et Florient Azoulay . Au Théâtre des Béliers d’Avignon jusqu’au 2 août 2008.

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