Tirée des « Dramuscules » de Thomas Bernard, la courte pièce « Le mois de Marie » pointe du doigt toute la médisance, la pauvreté et cruauté humaine que l’être peut avoir en son sein.
Au coeur de ce dispositif ingénieux, mis en scène par Frédéric Garbe, deux vieilles dames prennent possession de la parole et de leur village bavarois.
Gardiennes de la morale, pieuses comme on ne peut imaginer, le souffle du soufre se fait entendre par l’aspect le plus primitif: la peur de l’autre.  Nos deux vieilles (pour être courtois) vont donc se prendre au jeu de la surenchère et chercher l’erreur qui compromet un avenir radieux à la jeunesse allemande, à l’aube des années trente.
L’enterrement de ce « Pauvre Monsieur Geissrathner », mort dans un accident causé par un turc, donne l’écho aux prémices de ce racisme primaire qui fait encore acte aujourd’hui. « Lui est mort, pourtant si jeune, mais le turc est toujours en liberté, lui » répètent-elles en boucle.

Comme le venin, les paroles distillent le poison nauséeux de l’étroitesse d’esprit dit de village et finissent par agresser ce « pauvre Monsieur Geissrathner ». Nos deux Bavaroises, tels deux anges veillant sur leur village, illustrent la pensée unique des années après-guerre et avant-guerre. Cet entre-deux durant lequel elle fit son chemin pour arriver à la destruction humaine que l’on connaît. Les paroles agressives, cachées derrière le beau sourire de ces deux habitantes, fusent et attaquent ce que l’humain a de plus beau : la mixité.
Le ton décalé de l’échange permet de combattre cette cruauté par le rire et offre une image désuète du propos.

Une scène qui appartient au passé ? Pas si sûr.

Laurent Bourbousson
www.festivalier.net

photo: copyright L’Autre Compagnie

« Le mois de Marie» mis en scène par Fréderic Garbe pour « L’autre compagnie » au Théâtre  des Halles d’Avignon jusqu’au 1er août 2008.

 

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