Comment parler d’insertion, de racines, d’humanité, d’amour, de non-communication au travers d’un plan de tomates ? Après avoir vu « Le Bonheur de la tomate » de Bernard Da Costa, mis en scène par Marie Pagès dans son propre lieu (« Le Ring » est une des théâtres avignonnais à l’année), j’ai la clé pour faire les liens.
Clémentine, vivant retirée de la ville et même de sa vie, croise le chemin de Kim, qui trouve refuge dans sa plantation de tomates, histoire de souffler un peu, après avoir fait le mur du centre de rééducation dans lequel il a été placé. De parole en parole, nos deux protagonistes vont se découvrir et apprendre à s’écouter.
De Kim, archétype de la jeune délinquance immigrée, qui évoque toute sa haine de l’ordre établi (« tu n’es rien, tu n’arriveras jamais à rien ») à Clémentine, ancien professeur radiée de l’Education Nationale pour avoir « tabassé » un de ses élèves qualifié de « difficile », se profilent deux parcours identiques. L’amour, fondation de notre être, brille par son absence chez ces deux-là. Et justement, pour pallier ce manque, Clémentine en donne de l’amour à ses tomates. Tout en métaphores et paraboles, Clémentine va mener Kim sur le chemin de la raison, de la réconciliation avec la vie, avec sa vie et surtout avec lui-même.
Kim dénonce ce qui se passe dans ces centres, ces éducateurs qui jugent à sa place de ce qu’il doit être, comme si lui ne pouvait décider de son avenir. Il remet en cause cette obéissance non voulue, se revendique marginal. Je pense alors à la loi de prévention de la délinquance : comment insérer des jeunes délinquants, qui se trouvent être dans un processus de déconstruction, en les plaçant dans des centres de rééducation fermés et pointer du doigt que leur futur n’est rien ? Une façon inhumaine de croire à la supériorité de la loi, face à des problèmes qui puisent leur solution dans la communication et l’explication du sens de la vie. Certes, cela relève de l’utopie pour certains, mais pourquoi penser que ces jeunes ne comprennent rien et n’ont pas de désirs. Est-il plus facile de les laisser à la dérive que de les faire réfléchir sur leur monde ? Dans notre pays, en phase de se transformer en société dite de loi dure (il suffit de voir les propositions qui se succèdent à un rythme soutenu), la première solution semble déjà bien utilisée.
Que vont devenir des petits plans de tomates, piqués lors du premier échange de Clémentine et Kim ? Résistent-ils au désir de Kim d’échapper aux règles de vie ?
Sommes-nous prêts à être leur tuteur ?
Réponse au « Ring« . Allez-y sans gants.

Laurent Bourbousson
www.festivalier.net

?????? « Le bonheur de la tomate» mise en scène par Marie Pagès au Théâtre « Le Ring » à Avignon jusqu’au 4 août 2008.

 

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