Cette « mouette » n’aurait jamais dû survoler le ciel d’Avignon. Claire Lasne Darcueil, metteuse en scène sur le papier en provenance de Poitou- Charentes, doit bien se douter que cela ne fonctionne pas, à voir le visage désabusé de ses comédiens et la mine déconfite du public. Nous venons de subir pendant plus de deux heures trente un jeu que même les plus petits conservatoires de région n’autoriseraient pas. Par respect pour les acteurs, nous n’avons manifesté aucune hostilité lors du salut final. Nous savons nous tenir. Et pourtant, face à une mise en scène aussi vulgaire, nous aurions pu faire le bruit qui sied aux artistes qui usurpent leur fonction.
« La mouette » de Tchekhov mérite-t-elle un décor aussi laid, fait de matériaux achetés à Conforama dont ce mobilier de jardin affligeant et ses portes vitrées assemblées n’importe comment ? Mais quelle idée se fait Claire Lasne du théâtre, du Cloître des Célestins pour se permettre de le défigurer ainsi ?
Sait-elle au moins qu’un acteur est fragile si on ne le dirige pas ? Mais que s’est-il passé pendant les répétitions ? Je les imagine négocier pendant des minutes interminables pour finalement devoir faire de petits arrangements entre amis pour que cela tienne un peu la route. Le résultat ? Ils ne cessent de courir sur scène et dans les allées du cloître. En haut, puis en bas. Il faut bien occuper l’espace. Je suppose également que Claire Lasne Darcueil  n’a pas vu que les corps des acteurs avaient une tendance à se déhancher d’une étrange manière (à chaque fin de phrase, une tape sur les cuisses), que la vieille servante marchait à petits pas pour caricaturer la vieillesse et que les trois musiciens avaient une fâcheuse propension à s’imposer là où l’on aurait aimé plus de discrétion.
En l’absence d’un metteur en scène sûr de ses choix, certains comédiens en ont profité pour se la couler douce. Le plus important, n’est-il pas de jouer en Avignon ? Prenons l’exemple d’Anne Sée, dans le rôle de l’actrice Arkadina. Quel jeu détestable ! Pourquoi un tel laisser-aller, une telle vulgarité ? Une honte.
Si « La mouette » évoque la condition de l’artiste et son statut dans la société, Claire Lasne Darcueil ne s’est pas embarrassée de cette question, encore moins de l’actualiser à la France de 2008 (il y aurait eu de quoi, me semble-t-il). Elle aurait pu faire un théâtre politique pour accompagner le projet de Vincent Baudriller et Hortence Harchambault, directeurs du Festival. Au lieu de cela, elle empaille cette mouette comme un taxidermiste débutant en stylisant à outrance le phrasé des acteurs à défaut de les guider vers un jeu porteur de sens.
Cette pièce a été jouée la première fois le 2 mai 2007 puis a effectué une tournée dans les villages de Poitou-Charentes. À croire que nos directeurs ne sillonnent pas la France (cela nous aurait évité ce désastre) lui préférant les mornes plaines de la Belgique.
Pascal Bély
www.festivalier.net
 « La mouette » d’Anton Tchekhov mise en scène par Claire Lasne Darcueil a été joué le 23 juillet 2008 dans le cadre du Festival d’Avignon.

Une réponse à Claire Lasne Darcueil assassine « La mouette » dans le Poitou.

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