Un lecteur fidèle (Octave) nous fait parvenir son regard sur une exposition d’Art Contemporain.

Il est toujours difficile de situer l’intérêt d’expositions accumulatives comme celle-ci avec plus de trente artistes dans l’espace réservé la plupart du temps à des propositions monographiques. Un peu comme aux puces, il faut piocher. Je n’ai ressenti aucune unité, aucune direction, juste la vision d’un éclatement dans tous les sens, de recherches tous azimuts.

J’y suis allé le dimanche 15 juillet: trois pièces video ne fonctionnaient pas! Cinq artistes m’ont particulièrement touché.
nimes-2.JPGDe Lara Favaretto.
Dans un espace plein, que l’on regarde sans y pénétrer, de nombreuses bouteilles d’air comprimé se déclenchent de temps à autre avec un bruit très spécifique… dans le but de faire se déplier une langue de belle-mère, sauf que certaines, sans doute usées et percées ne se déplient plus. Toute cette installation pour presque rien, ou même pour rien, c’est assez fascinant. Plein d’humour mais en même temps pas rassurant, vu la puissance mise en place.

n--mes.JPGDe Paola Pivi (la photo de l’affiche)
A l’heure du faux avec le numérique, elle décide de faire du vrai invraissemblable en transportant deux zèbres dans un décor de montagne enneigé. Le résultat, trois photos dont on reste distant, il en faudrait bien plus pour qu’une image nous interpelle. C’est en lisant la phrase dans le dépliant habituel du Carré (une feuille de 60cm sur 40cm, que j’ai pour une fois gardé sous les yeux pendant toute l’expo, plutôt encombrant) que l’action m’a parue extraordinaire et insignifiante. Amener deux zèbres à la montagne, se coltiner deux gros réels alors que photoshop aurait permis le même résultat sans aucun réel. Intéressant sauf pour les photos au mur, mais y a-t-il un autre moyen de rendre compte de cela ?

nimes1.JPGGiuseppe Gabellone.
Il réalise à partir d’une estampe japonaise (on se demande pourquoi) un bas-relief magnifique… en mousse de polyuréthane.
Une autre pièce de Gabellone, sous forme de photo-témoin montre un meuble-décor (?!) construit-imbriqué avec les objets présents (voiture, bidon) sur le bord d’un trottoir. Objet non-identifié… sculpture, photo, in situ, faux décor, matière envahissante ?

 

Joâo Onofre.
Une video projetée sur un mur dans un espace semi fermé dont on entend le son alentour. Un choeur classique interprète une partition, arrangement du groupe allemand Kraftwerk.
Ce qui donne une polyphonie mécanique, une interprétation minutieuse avec un rythme enlevé d’un bruit de machine, répétitif. Quand la machine devient humaine, l’effet est magique. J’ai adoré !

Jon Mikel Euba.
Quelques jeunes en jean et tee-shirt, dans un terrain vague, à proximité d’une ville, se filment avec une caméra non-numérique avec un objectif très sale. Une fille se laisse manipuler par deux garçons (alors qu’un autre groupe semble faire de même un peu plus loin), ils lui font prendre diverses positions, sans parler, en lui prenant les membres, les hanches, la tête, etc… pour la laisser dans des positions que j’ai cru de sculptures classiques (qui sont, en fait, des attitudes de stars du rock). Ils attendent quelques secondes avant de reprendre leur action en changeant l’attitude du corps du modèle. Celui-ci se laisse faire avec plaisir. La caméra cadre mal la scène, en plus d’être sale, elle coupe souvent les têtes, se retrouve dans un contre-jour sans qualité, paraît se demander ce qu’il faut vraiment filmer. Le son réel de la scène (c’est-à-dire des sons de rien, de pas, de vent) est présent mais est parfois coupé, on ne sait trop pourquoi.
Effet troublant que ce groupe, là, concentré sur une activité plus ou moins claire, et l’image qui en est donnée pas claire non plus, ces corps qui se touchent, activité qui devient sensuelle, à l’image du peintre et son modèle (passif), ou plutôt du sculpteur, ce jeu sans langage.
Je restais là, à les regarder, comme faisant quelque chose d’important, en y prenant moi-même du plaisir.
Finalement, dans ce que j’ai noté, une unité se retrouve, c’est l’inutilité apparente du « faire », la vacuité, mais le « faire » malgré tout. Le pourquoi peut venir après.

Octave
www.festivalier.net

« Où ? Scènes du Sud : Espagne, Italie, Portugal«  Carré d’Art – Nîmes – Du 23 mai  au 23 septembre 2007.

Crédits photos:

 

(Affiche de l’exposition) PAOLA PIVI, Sans titre (zebre), 2003 Courtesy Galleria Massimo De Carlo, Milano

GIUSEPPE GABELLONE Senza titolo, 1997 Collection FRAC Limousin, Limoges

LARA FAVARETTO Plotone, 2005 Courtesy Galleria Franco Noero, Tor


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