La force d’un festival, c’est de tisser des liens invisibles entre les oeuvres. Quitter Christian Rizzo à 20 heures au Chai du Terral pour retrouver Mathilde Monnier à 21 heures au Théâtre de Grammont est une invitation pour le festivalier à chercher une cohérence, tel un jeu de pistes. D’un puissant solo à neuf danseurs, le défi est excitant ! Mais au final, un grand écart, un mal de tête et une profonde déception couronnent mes efforts. Habité par la vision sublime de Rizzo, j’atterris sur le gazon de « Tempo 76 » chez Monnier sans parachute. Inutile de préciser que ce n’est pas sans douleur !


Et pourtant…Avec Mathilde Monnier, je me suis toujours senti en confiance même lors du très controversé « Frères et s?urs » au festival d’Avignon 2005. J’entends et je ressens profondément sa pensée, qui prône continuellement l’ouverture comme mode de communication, la transdisciplinarité comme projet artistique. Pour s’en convaincre, je vous invite à lire « Allitérations », une suite de conversations avec le philosophe Jean-Luc Nancy où elle explique avec justesse et intelligence, sa vision d’une danse exigeante et vivante. Elle y évoque notamment son lien complexe avec l’institution puisqu’elle est directrice du Centre Chorégraphique National de Montpellier. Si bien qu’à l’issue de la représentation de « Tempo 76 », je m’interroge: pourquoi cette danse si normative ? Seul le dernier tableau (qui aurait pu être le premier) me réconcilie : les danseurs démontent plaque par plaque le gazon, font éclater des ballons, aidés par une meute de taupes bien décidées à voir le jour pour jeter vers le public, leur regard interrogatif.

À l’unisson (puisque tel est le thème de cette pièce), le groupe déconstruit, dans le chaos. Mathilde Monnier, nous donne alors toute la puissance de son talent lorsqu’elle est à la marge (souvenez-vous du puissant « 2008 vallée » avec Philippe Katerine ou de l’émouvant «la place du singe » avec Christine Angot). Mais pour déguster le dernier tableau, il m’a fallu ingurgiter les précédents où domine l’impression d’un déjà vu qui nous colle au raz du gazon pendant plus de cinquante minutes. L’unisson dansé par Monnier ressemble à ces formes groupales le plus souvent fusionnelles, qu’elle restitue avec talent, drôlerie, rythme et créativité ! Mais qu’apprenons-nous? Certes, je peux toujours admirer la scénographie d’Annie Tolleter qui n’a pas son pareil pour transformer une scène de théâtre en agora, pour la prolonger au-delà des murs, pour nous donner cette subtile sensation d’un dedans-dehors. Je peux toujours fixer l’un des danseurs, grand et massif (loin des stéréotypes) pour me convaincre que « Tempo 76 » est raffiné en s’appuyant sur la différence. Je tente bien de me laisser aller à ces mouvements où ils apparaissent et disparaissent comme au temps de notre enfance où nous rêvions du groupe comme échappatoire à l’enfermement de la famille. Je peux continuer à vous décrire ces différents moments où l’on sourit avec légèreté, mais où l’on finit tout de même par se demander : pour quoi ? On pourrait y voir une société uniformisée qui, à l’unisson, choisit un projet politique plutôt qu’un autre (suivez mon regard…) et qui se déconstruit à force de ne plus penser. On pourrait…

Mais alors, quel est ce langage chorégraphique pour qu’il me laisse à ce point désemparé, sans élan?

« Tempo 76 » signe peut-être une inclinaison dans la danse de Mathilde Monnier. À l’unisson, nous crions  notre peur : « Non,  elle aussi ??».

Pascal Bély
www.festivalier.net

«Tempo 76» de Mathilde Monnier a été joué les 25, 26 et 27 juin2007 dans le cadre du Festival Montpellier Danse.

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