Les Rencontres Photographiques d'Arles sont une excellente occasion pour recréer le lien avec les amis alors que la longue période des festivals vous a éloignée. J'aime flâner avec eux dans cette ville et entrer dans les lieux d'exposition pour ressentir cette relation intime avec les photographes. Le commissaire invité cette année est Raymond Depardon et cela se voit : jamais peut-être ces Rencontres n'auront affiché un tel éclectisme, une réelle volonté de montrer l'art photographique sous tous les angles?
J'ai passé deux journées en Arles. La première est chaotique. En effet, voir l'exposition « la photographie américaine à travers les collections françaises » avec deux enfants en bas âge relève de l'exploit?Partagé entre les photos et le film d'animation joué en direct par Jeanne et Anatole, j'en perds mon sens critique?. Et pourtant, je ressens ce New York des années quarante photographié par Helen Levitt, l'errance américaine de Robert Franck, la pureté des images d'Edward Weston. Les enfants n'ont pas leur place dans ce lieu. Ils sont les victimes de la toute-puissance des parents. Ils le font savoir et l'art ne médiatise rien.
La deuxième journée est beaucoup plus studieuse. Je suis accompagné d'une collègue de travail. Nous entretenons une relation professionnelle intense et nous apprenons à nous connaître petit à petit à partir de nos histoires personnelles?chaotiques. Je n'ai jamais vécu un moment culturel avec elle. Cette journée est l'occasion de faire connaissance plus profondément: l'art est toujours une médiation?
Nous commençons par l'exposition « La photographie publicitaire en France » présentée au Musée de l'Art Antique. C'est une excellente entrée en matière, comme un échauffement avant d'autres propositions plus conceptuelles. Ici, la forme prime souvent sur le fond et nous prenons plaisir à nous remémorer les images publicitaires de notre jeunesse. Le passé nous relie, mais risque de nous enfermer (« c'était mieux avant ! »). Il est tant de quitter ce lieu d'antiquités pour passer à un autre niveau, faire évoluer le regard et?notre relation !

Le premier étage de La Chapelle Saint-Martin du Méjan accueille la photographe Sarah Moon pour « Le fil rouge » d'après trois contes d'Andersen et un de Charles Perrault. « Elle a mis au point une technique particulière qui mixte des photographies qu'elle a faites au hasard des séries qu'elle a réalisées pour la presse ou des séquences spécialement faites pour l'occasion ». Un fil rouge (message à la chanteuse Camille?) relie les photos commentées chacune par un texte. Nous prenons plaisir à voyager dans l'univers du conte dans ce lieu magnifique. Une petite salle de cinéma est installée au fond de la pièce. Sarah Moon, passée derrière la caméra, nous propose le film de ce fil rouge. Le support change, mais n'apporte rien. Nous perdons le charme du conte sans qu'autre chose nous soit proposé. Sarah Moon semble se concentrer sur un procédé esthétique sans qu'il y ait une réflexion sur le sens du support (pour quoi un film ?).
Au rez-de-chaussée, Béatrice Helg avec « À la lumière de l'ombre» provoque un choc. Chacun de notre côté, nous parcourons cette exposition avec bonheur. Est-ce de la photo ? De la peinture sur du cuivre ? De l'art abstrait ? Elle fait sauter les cloisons et les barrières entre les arts. Je me sens en apesanteur, la rouille est peinture, le tissu est métaphore de mes rêves. L'aménagement du lieu est exceptionnel, comme s'il était conçu pour elle : la photo est elle-même encadrée par l'architecture de la salle. Jouissif.

En poursuivant, Paolo Ventura nous propose « Scènes de guerre ». Âgé de 38 ans, il a grandi avec les souvenirs de la guerre 39-45 en Italie. Avec du carton-pâte, il a reconstitué des scènes de guerre. Avec un tel dispositif, Paolo Ventura semble photographier ses représentations de la vie et de mort en temps de conflit. Cette mise à distance nous oblige à voir autrement la guerre : les photos ne sont plus seulement des clichés historiques, mais une vision médiatisée de la guerre entre son inconscient et ma conscience. C'est émouvant et beau.
La dernière exposition (de couloir en couloir, nous quittons la chapelle pour nous trouver dans les pièces d'une maison !), « Paradiso » de Lorenzo Castore, est un voyage à Cuba loin des stéréotypes véhiculés par les médias et les dépliants touristiques. Nous faisons des va-et-vient dans la salle : par un effet technique troublant, le changement de positionnement modifie notre perception des photos. Cuba devient si proche, si loin, que l'on aimerait en savoir davantage. Nous sommes alors guidés vers la terrasse ombragée d'un restaurant face aux Éditions Actes Sud.

La pause déjeuner s'impose et d'histoires en anecdotes, nous revenons toujours à Béatrice Helg pour nous éblouir. Nous sommes apaisés, heureux d'être ensemble. Pendant ce temps, deux enfants jouent derrière nous en se tirant les cheveux…

Ps : Suite prochainement avec les compagnons de route invités par Raymond Depardon.

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