La condition du spectateur est parfois difficile. Le mistral souffle en tempête sur le parvis du Théâtre des Salins de Martigues. Un long bandeau noir sur la façade fait office de message de bienvenu (« Culture en danger. Retrait du protocole 2003 »). Le hall glacial du Théâtre est quasi désert et la salle est à moitié vide comme pour le précédent spectacle de Patrice Chéreau et Philippe Calvario. Le contexte est posé : où va le théâtre en Région ? Où est le public ce soir ?Je m'apprête à suivre « Le Poeub » d'une durée de 2h30, mise en scène par Michel Didym. J'ai froid.C'est l'histoire de Globule, tenancier d'un bar. Avec sa femme quelque peu déjantée, il commence à faire l'inventaire. Il s'agit de ne rien oublier dans le comptage afin d'obtenir les tampons de l'administration. Commence alors un incroyable dialogue entre ces deux personnages. La clientèle est là, presque par hasard (comme le public ?!)  Je reconnais la plume de Valletti, son goût pour les contrepèteries et l'écriture en roue libre ! Arrive alors une armée de tamponneurs et de policiers censés vérifier les registres  pour apposer les sceaux libérateurs ! La pièce prend alors un virage à 180°. Globule tue le chef de la Police, prend sa place et finit par diriger une armée de policiers d'un pays en guerre. Il choisit l'exil au milieu d'une population affamée. Son errance se termine là où elle avait commencée : dans son pub mais en clown, en faiseur d'ambiance car il est dorénavant géré par la collectivité. Un chef qui finit clown, je ne vois pas ce qui peut choquer les spectateurs par ces temps de crise institutionnelle?
Avec un tel scénario, une troupe de 18 comédiens et de musiciens, un auteur reconnu, « Poeub » pourrait être un très beau spectacle. Or, l'ennui gagne au fur et à mesure du périple de Globule (vu le nombre de spectateurs qui dorment autour de moi, j'ai le mérite de suivre cette troupe jusqu'au bout). Les scènes passent à une vitesse de zapping et pourtant le tout traîne en longueur. Les personnages n'ont pas le temps de s'installer. La mise en scène les enferme dans un jeu burlesque répétitif, dans un espace scénique le plus souvent réduit.
Le plus troublant reste la distance entre les comédiens et le public : ils donnent peu et je ne perçois aucune générosité dans leur jeu comme si le pouvoir de Globule provoquait cet eloignement. Le public est exclu et les messages qu’on nous transmet à coup d'allusions métaphoriques sont  assemblés comme dans un inventaire. Au bout d'une heure trente, un « documentaliste » vient nous parler pour nous guider dans ce fatras. Mais il n'en est rien. Il est tout aussi dépité que nous; « Débrouillez-vous » semble-t-il nous dire comme une prise de pouvoir sur le public.

Lorsque Globule revient chez lui, il se voit contraint de donner un spectacle de marionnettes. Les clients du bar s'ennuient?comme nous. Quelle étrange sensation de voir le spectacle dans le spectacle, et les comédiens jouer le public. Cette isomorphie, troublante,  est au moins réussie.Au final, les clients du bar se divisent en deux : ceux qui ont compris le spectacle et ceux qui ne l'ont pas compris (ces derniers sont invités à créer une association). Peu critique, le public du Théâtre finit par applaudir. Refusant ce manichéisme, je préfére sortir de ce jeu et retrouver le hall glacial. 
Après l'inventaire de 2005, le 60ème Festival d’Avignon s'apprête à ouvrir.
Serge Valletti n'y est pas.

A lire, « Psychiatrie / Déconniatrie » par Serge Valletti.
A consulter, la réaction de Serge Valletti à un article du Tadorne!

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