Le Festival Actoral donne rendez-vous pour ?Hors sujet ou le bel ici?, chorégraphie de Martine Pisani. Nous sommes à la friche Belle de Mai, à deux pas de l'association ?Marseille objectif danse?, partenaire de la soirée (et non coproducteur semble-t-il). Une cinquantaine de personnes attendent avant d'entrer dans la salle. Tout le monde se connaît. Le groupe prend forme sous mes yeux et c'est une valse de tapes sur l'épaule, de baisers furtifs ou appuyés, de sourires, et de propos politiques. Pour tout dire, je me sens décalé même si mon positionnement de blogueur (modeste passerelle entre artistes et public) me permet d’être dans un dedans-dehors. Il ne suffit donc pas d'un partenariat pour ouvrir et démultiplier le public. L'enjeu est ailleurs: comment la danse peut-elle se mailler avec d'autres lieux et disciplines pour s'élargir en attirant ces spectateurs qui ne franchiront jamais ces murs. La danse est un art fragile. Je ne suis pas sûr qu'elle puisse trouver la force de se régénérer quand elle a pour public ceux qui la financent, la diffusent et la produisent. D'autre part, la Friche peut-elle être un lieu de diffusion? Ville dans la ville, ses longs murs qui l'encerclent donnent l'étrange sensation d'un monde culturel peu à peu replié. Loin d'être au c?ur de l'underground, je me sens coupé de Marseille.
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Toutes ces questions et observations m'habitent au cours de ce spectacle d'une heure. Le décalage ne s'estompe pas alors que des professionnels rient, là où je m'évade et inversement. Pas du tout sur la même longueur d’onde. Il faut dire que Martine Pisani brouille souvent les pistes avec son jeu de mots orchestré par trois danseurs (Christophe Yves, Théo Kooijman, Eduard Mont de Palol) au look désarticulé, aux accents du nord, du sud et du milieu. La scène semble être leur aire, mais à mesure de leurs tribulations, c'est ailleurs que tout se joue. Les textes se succèdent (de Paul Claudel à Shakespeare) et la danse se cherche entre mime, corps collés aux mots et sauts dans une eau imaginaire!

Trois bouts de cartons font office de décor et nous plongeons ensemble dans un espace flottant comme dans un liquide amniotique où les mouvements nous protègent des chocs entre les mots et les corps. Tout va très vite et nos trois danseurs démontrent tout leur talent pour passer d'un registre à un autre (du comique de situation, aux gestes désarticulés jusqu'au coup de sifflet final!) sans nous perdre en chemin. La force de ce spectacle est dans le processus de communication qui relie spectateurs et artistes pour explorer un champ artistique désordonné, mais porteur d'une vision quasi aérienne du lien entre corps et mots.
A l'enfermement du dehors, la danse répond souvent sur scène par de nouvelles ouvertures. Je ne peux que m'étonner que ce ?bel ici? soit ici. Hors sujet?

Pascal Bély www.festivalier.net

?Hors sujet ou le bel ici? de Martine Pisani été joué le 11 octovre 2007 à La Friche Belle de Mai dans le cadre du Festival ActOral.

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