arton1232-350x233.jpgDarina Al Joundi est seule face à nous, face à elle-même. Elle entreprend de nous raconter sa vie dans un Liban verrouillé, cadenassé, coincé, entre les guerres et son intégrisme.
Darina a eu la chance d’avoir un papa qui croyait en un Liban libre. Il lui a inculqué cette force, cette soif de liberté, qui lui valut d’être emprisonné, car journaliste de son état.
Mais aujourd’hui, Darina pleure cet homme, ce Dieu à ses yeux , en lequel elle a cru.
Elle le pleure, car il est mort.
Elle pleure aussi sur elle-même, car que faire de cette liberté en tant que femme libanaise ?
Elle nous égraine sa vie, son passage de l’enfance à l’âge adulte. Sans détour, sans fard.
Le jour des obsèques de son père, elle refuse les cris et les pleurs de ces femmes habillées de noir, interrompt le Coran, pour s’enfermer avec son père et lui diffuser du Nina Simone, selon ses dernières volontés.
Elle se bat contre son Liban qu’elle aime, contre sa famille qui l’enverra en asile psychiatrique, contre son beau-frère qui fera respecter « l’ordre », la religion.
Mais Darina nous offre son regard de sa jeunesse qui vit à l’excès : excès de drogues, excès d’alcool, excès de vie, excès de mort. Car à quoi bon vivre dans un pays dévasté sans risquer sa vie et défier la mort lors de jeu de roulettes russe, lorsque l’on croise la peur dans le regard de l’autre quand la gâchette clique, ou bien lorsque la cervelle gicle de la boîte crânienne du meilleur ami que l’on croyait invincible.
Nina chante et Darina hurle sa douleur, sa peur, son envie de vivre. Et quelle belle envie de vivre !


Laurent Bourbousson.


?????? « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » a été joué au Théâtre des Halles en Avignon.

Le texte paraîtra aux Editions ACTES SUD en janvier.


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