Les comiques sont partout. La chorégraphe Maguy Marin s'en était émue avec « Ha !Ha ! » , sa création  qui a fait scandale lors du dernier Festival Montpellier Danse. Elle fustigeait cette France qui rit de tout pour préparer l'arrivée du fascisme. «Ne pas se prendre la tête » semble être le slogan de nombreux cons qui, ici ou là, diffusent l'idéologie d'une société de consommation, modèle par excellence du bien-être. Malgré tout, je pars au Théâtre des Salins de Martigues pour le spectacle « comique » de François Morel, « Bien des Choses ».
Le public est là, prêt à se payer une bonne tranche de rigolade. Je me sens un peu décalé, mais je m'accroche.
Le décor est minimaliste : deux tables de bistrot, une moquette. Derrière un rideau quasi transparent, Olivier Saladin prépare son autruche de compagnie pour le départ. Elle résiste, lui donne des coups de bec, mais l'homme ne se laisse pas impressionner par la marionnette. Elle doit partir en allant « toujours tout droit » pour éviter de finir comme sa cousine, dans un réacteur. Fin de cet épilogue poétique qui pose le voyage comme symbole de l'ouverture.
François Morel et Olivier Saladin débarquent ensuite, munis de leur boîte en fer remplie d'une pile de cartes postales. Roger et Madeleine Rouchon partent souvent en voyage et ne manquent jamais une occasion d'écrire à leurs amis Robert et Janine Brochon. Ces derniers ne sont jamais en reste pour leur répondre. Pendant plus d'une heure, les deux hommes dialoguent à partir de ces échanges épistolaires.
Une évidence s'impose : chez eux ou en voyage, les Français véhiculent les clichés qui ont porté Le Pen au second tour d'une élection présidentielle pour transformer cinq ans plus tard Sarkosy en « futur homme d'État ». Le public rit souvent, car les dialogues sont réalistes, piquants. Mais je reste à distance : la France des Rouchon et des Brochon m'exaspère. Elle ne me fait plus rire, car elle me semble omniprésente dans les médias et dans la politique. Loin d'être minoritaire, elle est majoritaire (vote de 2002, référendum en 2005, élection en 2007 ?). Le talent de François Morel est de mettre en scène symboliquement cette France-là, à partir de l'écrit, du voyage, symboles de l'ouverture. Tout en dénonçant les enfermements de la pensée réductrice, François Morel nous invite à la poésie à travers la figure de l’autruche. La dernière scène la montre prendre de la hauteur, celle qui nous fait tant défaut.
« Bien des choses » n'est pas un spectacle comique : juste un propos politique en phase avec son époque. Ecrit comme cela, c’est beaucoup moins drôle!

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