Deux rencontres chorégraphiques pour deux propositions qui écloront lors des Hivernales.

Abdou N’gom, hip-hop houra?
Il y a toujours un point de départ dans l’acte de création. Celui d‘Abdou N’gom est dans le regard de l’autre. A l’heure où certains prônent que «toutes les civilisations ne se valent pas», il faut voir dans «Same same» une tentative de décortiquer et de comprendre notre unité dans la différence.
Ce pari un peu fou est né d’une découverte avec le chorégraphe laotien, Olé Kamchala. Invitée lors du festival Fanf Mae Kong au Laos, la compagnie est confrontée à la différence. S’ensuit une envie de partager et de croiser le regard asiatique et occidental sur la condition humaine. «Same same» mêle deux stylistiques et positionne Abdou N’gom comme chorégraphe (avec tous les enjeux que cela représente: s’élever de son sujet pour en maîtriser tous les contours). Avec comme point de départ, le langage du hip-hop, qu’il métamorphose avec la complicité de Ounla Pha Oudom, danseur du Laos.
La force du propos est de revendiquer la différence à partir d’une esthétique assez rare dans le monde du hip-hop. Cette création est à coup sûr un acte politique.
Abdou N’gom est un artiste engagé, un artiste généreux, un artiste sans frontière.

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William Petit, homme d’esprit?
C’est l’histoire d’une équipe, faite de liens artistiques, de passages de témoins, d’échanges et de paroles. C’est le parcours atypique de William Petit, danseur, chercheur sans relâche, avide de rencontres, qui tisse ses liens entre eux et nous.
Après avoir été interprète pour Susan Buirge, Mathilde Monnier, Hervé Robbe, il décide de se poser. Laisser reposer toutes les sédimentations qui constituent son identité de danseur. Il voyage, il rencontre, il se questionne sur l’état du corps. C’est avec un projet construit autour de la transe qu’il officie à Châteauvallon. Sa force est à chercher dans son désir de sortir des cases qui emprisonnent un artiste et son public.
William Petit est un personnage englobant qui nous entraîne dans son univers. Fascinant, on pourrait échanger des heures avec lui. Fasciné par son sujet, il est intarissable.
Sa création «BBB, déambulation métropolitaine» avec les danseurs de l’Opéra de Toulon parle pour lui. Il chamboule les corps de facture classique. Il est le façonneur des gestes, leur laisse apercevoir la mutation de leur matière, une forme de transe en somme. Le lien qu’il déroule entre ses chorégraphies, ses oeuvres d’art plastique et ses installations nous fait ressentir toute la complexité de son art.
Pour sa dernière création, « Beware« , il drague les chemins du chamanisme. Cette religion ancestrale, celle de la force des esprits, présente en Corée, William Petit l’a rencontrée. De ces échanges naît une proposition globalisante qu’il confronte à l’occident. La force des gestes traduit l’esthétisme des rites chamanes tandis que la contrebassiste Rosine Feferman communie avec la matière. De son côté, Pom Bouvier instruit un univers sonore et Carlos Molina auréole le tout avec une proposition plasticienne qui donne une juste résonance à cette communion. Bien plus qu’un solo, « Beware » est un quartet enivrant.
Cette proposition dégage une force spirituelle étonnante. Un retour à la source pour nos âmes, en communion avec  les esprits. Avec l’esprit de William Petit.

Laurent Bourbousson – Le Tadorne.

« Beware », à découvrir lors du festival Les Hivernales, le dimanche 26 février à 18h00. Chartreuse de Villeneuve-Lès-Avignon.
« Same, same », à voir le vendredi 2 mars 2012 à 21h00 au Pôle culturel Camille Claudel à Sorgues, dans le cadre du festival de danse Les Hivernales.

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