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Vous souvenez-vous (pour les plus anciens), de la chambre noire du club photo du lycée ? Elles font l’objet d’une exposition passionnante aux Rencontres Photographiques d’Arles. Michel Campeau dévoile ce qui est longtemps resté caché pour les non-initiés. Comment ne pas penser aux grottes rupestres des hommes préhistoriques ? Comment ne pas voir dans ces installations précaires faites de rubans adhésifs pour collages de travers, l’antichambre de la créativité ? Michel Campeau ouvre sa focale pour détourner les lieux : ici un décor de théâtre, là une ?uvre plastique, plus loin un atelier clandestin. Comme une mise en abyme, la photo sur la photo stimule notre regard, car Michel Campeau n’oublie pas que notre imaginaire est aussi une chambre noire?

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Le noir, toujours lui, nous va si bien. Avec l’italien Mario Giacomelli, « le noir attend le blanc » (titre de son exposition) et finit par nous faire voir la vie en couleur… Il y a ces curés qui dansent sous la neige : ils sont corbeaux, libérés du poids de leur statut. Sur un autre mur, je suis sidéré par une série de photographies sur les vieux. Au temps des trente glorieuses, ils étaient parqués dans des mouroirs. Mario Giacomelli photographie la vieillesse, comme une valse à deux temps : le  blanc pour éclairer le chemin inéluctable vers la mort, le noir pour ne pas fermer nos yeux. Cette exposition est sans aucun doute l’une des plus émouvantes de ces Rencontres.

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Ici aussi le noir semble attendre le blanc. Le photographe Peter Hujar immortalise Candy Darling, Divine et tant d’autres. Les corps statufiés canalisent l’énergie vers la tragédie théâtrale. Bouleversant.
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Autre dévoilement. Autre chambre noire, bien plus éclairée…C’était le temps où la caste « bling bling » ne faisait pas de politique (ouvertement). Jean Pigozzi nous propose son album souvenir de photos de vedettes, de seins à demi dévoilés, de poils, de chiens décoiffés et « mastérisés » ! On rit souvent, car il voit ce qu’ils cachent. C’était au bon vieux temps des trente glorieuses, à moins que ce ne soit les trente gonflantes à force de nous narguer de leur toute-puissance?

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Tout n’est pas noir et blanc. Il y a aussi la couleur de résistance des photographies de Paolo Woods sur la société iranienne. Tout semble figé par la censure et la répression policière mais le mouvement est là. Les femmes jouent un rôle déterminant pour que la démocratie avance, jusqu’à poser des actes de résistance inattendus (saviez-vous que l’Iran a le record mondial de rhinoplastie ?). Woods capte la violence de la rue, mais aussi celle d’un pays prêt à se jeter corps et âme dans la société de consommation. Pays complexe, l’exposition met à mal nos clichés, amplifiés par la vision réductrice de nos médias.

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Avec l’Américaine Taryn Simon, on navigue en eaux troubles. Ici aussi, la couleur éclate pour dévoiler une vérité : celle des institutions judiciaires et policières. « The innocents » est une exposition troublante, qui relate l’histoire de ceux, condamnés à de lourdes peines pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Taryn Simon accuse la photographie, responsable d’erreurs judiciaires, quand elle permet à des témoins « oculaires » de désigner des coupables. Au flou des accusations, elle répond par une photographie d’une précision stupéfiante où les « accusés » reviennent sur le lieu du crime, de l’arrestation, de l’identification incorrecte. Les corps sont de marbres, le regard déterminé. C’est une photo qui réhabilite et nous renvoie notre fragilité de « témoin oculaire ».

« The innocents » est une exposition de chefs d’oeuvre où le noir éclaire  pour que le blanc innocente.
Pascal Bély – www.festivalier.net.

A lire aussi l’article précédent sur les Rencontres d’Arles. C’est ici.

Michel Champeau, Jean Pigozzi, Peter Hujar, Taryn Simon – Parc des Ateliers jusqu’au 19 septembre.
Mario Giacomelli – Chapelle Saint-Martin du Méjan jusqu’au 19 septembre.
Paolo Woods – salle Henri-Comte jusqu’au 29 août.

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