A 11h40, dans le jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph, la danseuse Julie Guibert provoque la sidération. Le Sujet à vif, manifestation chorégraphique au coeur du Festival d’Avignon, sauve ainsi sa piteuse programmation. Remarquée dans la dernière création de Christian Rizzo à Montpellier Danse, « B.c, Janvier 1545, Fontainebleau », Julie Guibert propose un solo, Devant l’arrière pays du chorégraphe belge Stijn Celis. Avec l’allure d’une danseuse classique, elle opère sa mue tel un manifeste féministe au pays des machos. C’est impressionnant de précisions comme si tout était préparé avec minutie pour ne pas laisser d’espace à la prise de pouvoir d’un autre. Chaque geste est habité jusqu’au bout, chaque transformation endossée avec grâce et disgrâce. Julie Guibert danse pour assumer haut et fort (elle crie sans faire de bruit) son changement.
La danse trouve sa force provocatrice, sa raison d’être alors qu’elle est quasiment absente du Festival d’Avignon. Elle surgit avec l’énergie du rock, avec la détermination d’un chorégraphe décidé à donner à cette artiste hors du commun, le meilleur de son art. Je ressens la transmission de Stijn Celis comme si son parcours habitait le corps de Julie Guibert. Ces quarante minutes résonnent comme une ode au chaos créatif.
Devant l’arrière pays est déjà dedans pour n’être plus en dehors.

Pascal Bély
www.festivalier.net

Devant l’arrière pays de Stijn Celis a été joué le 21 juillet dans le cadre du « Sujet à vif » au Festival d’Avignon.

Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon

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