"Le spectateur doit payer non pas pour consommer quelque chose mais pour travailler à définir son désir".

Jérôme Bel - Chorégraphe.

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/ Le palmarés 2010

Angelica Liddell / "La casa de la Fuerza" / Festival d'Avignon,

Pina Bausch / «Nelkein», "Le sacre" / Biennale de la danse de Lyon et Monaco Danse Forum

Maguy Marin /  "Salves" / Biennale de la danse de Lyon 

Anne Teresa de Keersmaeker/ "En atendant"/ Festival d'Avigno

Christoph Marthaler/ "Schutz vor der zukunft" /Festival d'Avignon 

Simon McBurney/ « Shun-Kin »/ Festival d'Autonme de Paris. 

Angela Laurier/ "J'aimerais pouvoir rire"/Subsistances de Lyon 

Gisèle Vienne/ «This is how you will disappear"/ Festival d'Avignon 

Christoph Schlingensief/ «Via Intolleranza II"/ KunstenFestivalDesArts de Bruxelles 

Cindy Van Acker /"Lanx" "Obvie" "Nixe""Obtus" /Festival d'Avignon 

Christiane Vericel/ "les ogres ou le pouvoir rend joyeux et infatigable "/ Théâtre d'Oullins 

Christoph Marthaler et Anna Viebrock / "Papperlapapp" / Festival d'Avignon.

David BobéeHamlet»/ Les Subsistances, Lyon.

Olivier Cadiot et Ludovic LagardeUn nid pour quoi faire»/ Festival d'Avignon.

Pierre Rigal, «Micro" / Festival d'Avignon.

Grégoire Calliés / « La petite Odyssée" / Théâtre Massalia (Marseille)

Gwenaël Morin / «Bérénice d’après Bérénice de Racine» / Théâtre de la Bastille, Paris. 

Michel Kelemenis / "Henriette et Matisse" / Théâtre des Salins de Martigues - Biennale de la Danse de Lyon

Virgilio Sieni / "Tristes tropiques" / Biennale de la Danse de Lyon

Yan Raballand / «Viola» / (re) connaissances à Décines

Thomas Lebrun / « Allone#3 » / Festival Off d'Avignon

Collectif Petit Travers / «Pan Pot ou modérément chantant"/ l’Hexagone, Scène Nationale de Meylan

Joseph Nadj et Akosh Szelevényi / « Les corbeaux » / Festival d’Avignon

Christian Rizzo / “l’oubli, toucher du bois”/ Festival de Marseille

Ioannis Mandafounis, Fabrice Mazliah et May Zarhy / «Zero» / KunstenFestivalDesArts de Bruxelles

Patrick Servius / «Lespri Ko»/ Les Hivernales d'Avignon

Hofesh Shechter / "Political Mother" / Biennale de la danse de Lyon

Alain Buffard / « Tout va bien »/ Théâtre de Nîmes.

Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez / "Terra Cognita" /Bancs Publics à Marseille.

Viviana Moin, Arnaud Saury et Laure Mathis/ "Espiral"/ Festival Dansem.

Thierry Bordereau / « La grammaire des mammifères » / Théâtre des Ateliers à Lyon.

Grand Magasin / « Les déplacements du problème » / Scène Nationale de Cavaillon.

Ivana MüllerWhile we were holding it together » / Festival Actoral avec Marseille Objectif Danse.

Franz Xaver Kroetz / "Negerin" / Théâtre de la Ville à Valence.

Daniel Veronese / "El desarrollo de la civilizacion venidera" / KunstenfestivaldesArts de Bruxelles.

Claudio Tolcachir / « El Viento en un violin » / Festival d'Automne, Paris

Alain Platel / "Gardenia" / Festival d'Avignon

The Forsythe Company / “White Bouncy Castle” / Festival Montpellier Danse

Toshiki Okada / « We are the Undamaged Others » /   Festival d’Automne de Paris

Jérôme Bel / "Cédric Andrieux" / Festival de Marseille.

Fabrice Ramalingom  / "Comment se Ment " / Les Hivernales, Avignon

Aude Lachaise / "Marlon" / Festival Off d'Avignon.

Marlene Freitas / "Guintche" / Questions de Danse, Marseille.

Zachary Oberzan / "Your brother, remembert?" / KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.

Michel André et Florence Lloret  / "Nous ne nous étions jamais rencontrés" /  "La cité", Marseille

Olivier Tchang-Tchong - Valérie Brancq  / « LB 25 (putes) »/ Festival Off d'Avignon.

 

Les dix chefs d'oeuvre de 2010

L'Espagnole Angelica Liddell avec "La casa de la Fuerza" est probablement l'une de nos plus grandes dramaturges européennes où le corps intime peut évoquer la douleur du monde. Rarement une artiste s'est engagée aussi loin sur scène pour accueillir la poésie de nos âmes torturées par l'imbécillité des puissants.

Avec "Salves", Maguy Marin a chorégraphié le théâtre pour nous remettre dans la danse. Elle a cherché ce qui fait Histoire dans notre histoire pour questionner l'évolution de notre civilisation. Sidérant.

Angéla Laurier avec "J'aimerais pouvoir rire", a atteint le sommet de son art: son corps contorsionné libèré de la «performance» a pu accueillir la folie de son frère, pour une peinture chorégraphique majestueuse.

Encore la folie avec Christoph Marthaler: "Schutz vor der zukunft" aura été l'un des moments les plus troublants du Festival d'Avignon. L'eugénisme des nazis nous est revenu de plein fouet pour que la souffrance des fous laisse son empreinte et guide nos pas de citoyens humanistes. Sublime.

Gisèle Vienne a osé créer une forêt pour en faire un théâtre d'où nous contemplions notre disparition.  «This is how you will disappear" fut un havre de fraîcheur au coeur de la fournaise d'Avignon jusqu'à glacer la peau du spectateur peu aguerri à vivre «sa» descente aux enfers.

Anne Teresa de Keersmaeker avec "En atendant", nous a offert un paradis chorégraphique, sur la scène en terre du Cloître des Célestins à la lumière du soleil d'Avignon. Nous "sommes entrés dans la nuit" avec eux pour accompagner le travail de recherche sidérant de cette chorégraphe exigeante.

Avec ses quatre solos ("Lanx" / "Obvie" / "Nixe" /"Obtus" ), Cindy Van Acker a sidéré de nombreux spectateurs peu habitués à plonger dans le geste chorégraphié avec autant de lenteur. Quand la danse provoque le syndrome de Florence en Avignon...

Nous n'étions pas loin d'en être de nouveau atteints avec Simon McBurney «Shun-Kin» est la signature d'un grand metteur en scène; c'est un bâtisseur de ponts d'où l'on danse, d'où l'on pense pour se jeter dans le vide par amour du théâtre. À quand une tournée en France?
Il ne reviendra plus. Le metteur en scène allemand Christoph Schlingensief a disparu à la fin de l'été après avoir présenté sa dernière création au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles. «Via Intolleranza II» a déformé pour longtemps notre regard sur l’opéra pour en faire un moment populaire, festif et politique. La scène fut une matière qu'il a malaxée pour en faire l’œuvre du renouveau, celle d’une civilisation tournée vers l’Afrique. Inoubliable. 
2010, fut l'année de ma rencontre avec Christiane Véricel ("les ogres ou le pouvoir rend joyeux et infatigable"). Accompagnée d'enfants comédiens et de sa troupe, elle a posé  la question de la faim dans le monde. Loin d’apporter ses réponses, elle a provoqué cette turbulence qui a fait de nous des ogres affamés, solidaires et joyeux.
Gageons qu'en 2011, notre "casa de la fuerza" sera encore et toujours le théâtre.

 

Des artistes contre. Tout contre.

La chorégraphe Maguy Marin est toujours là, constante dans sa démarche sans rien concéder pour guider notre réflexion: avec «Salves», c'est bien notre lien à la culture qui se distant à force de consumérisme et de négationnisme. Comme si ces deux mots finissaient par se lier. Il y a donc urgence à faire oeuvre de pédagogie quitte à se répéter. Qu'importe.  Il faut continuer à démontrer les processus d'embrigadement et d'asservissement du pouvoir: les chorégraphes Hofesh Shechter  avec "Political Mother" et Alain Buffard avec «Tout va bien» s'y sont essayés avec succès à partir du « corps » groupal qui maltraite le corps intime. 

Dans «La grammaire des mammifères», Thierry Bordereau a dénoncé, non sans humour, qu'à force de traiter collectivement l’humain avec désinvolture, nous finirons par nous rapprocher du porc. Est-ce donc cela, notre «identité», promue avec tant de cynisme par la classe politique dirigeante? Elle est bien plus complexe comme l'a démontré avec talent le duo Julie Kretzschmar et Guillaume Quiquerez  dans "Terra Cognita". Programmée à Marseille (et pourquoi pas ailleurs?), cette oeuvre  a interrogé  l'identité à partir du «et» et non du «ou». Percutant. 

Mais l'identité, se nourrit aussi du sens des mots, profondément maltraité par la société consumériste relayée par le pouvoir Sarkozyste toujours aussi talentueux pour insulter l'intelligence. Avec «Les déplacements du problème»,  le collectif Grand Magasin a démontré avec créativité que les stratégies de communication sont des armes de destruction massive de la pensée. Face au désastre, Viviana Moin, Arnaud Saury et Laure Mathis dans «Espiral» en ont appelé au mythe pour que le processus de création ait encore une fonction dans un environnement où le temps de l’immédiateté prend le pouvoir. La chorégraphe Ivana Müller avec «While we were holding it together» a  préféré de son côté déconstruire les codes de la danse contemporaine pour mettre le spectateur en situation de créer le mouvement, donc du sens. 

Mais cette crise est aussi et surtout sociale. Il n'y a que les Belges et les Argentins pour savoir porter sur scène ce que les Français conceptualisent!  Dans "Negerin", Franz Xaver Kroetz a planté le décor d 'un couple qui « sauvageonne » le corps pour se sortir de là. Dans "El desarrollo de la civilizacion venidera" Daniel Veronese a remis au goût du jour,  "la maison de poupée» d'Henrk Ibsen: le pouvoir bancaire y casse le lien social et amoureux.Dans «El Viento en un violin», Claudio Tolcachir a mis en scène la perte totale des valeurs qui engendre celle des statuts. 

Merci donc à ces artistes clairvoyants et courageux. Leur créativité, donc la nôtre, sera notre ressource pour nous sortir de là et les faire partir.  Nous avons 2011 pour nous y préparer.

 

Face au "toujours plus", l'art de l'épure. Essentiel.

De la terre comme plateau. La lumière du soleil couchant comme seul éclairage. Tout n’était qu’épure pour une danse innommable. Avec «en atendant», Anne Teresa de Keersmaeker a signé un chef d’oeuvre en retirant de son langage chorégraphique des élisions dangereuses pour y placer des traits d’union entre des danseurs majestueux et des spectateurs respectueux. Inoubliable.

Dans la « lignée », entre les empreintes sur le sol, et la lumière, matière pour traces chorégraphiées, Cindy Van Acker avec quatre solos («Lanx" / "Obvie», «Nixe "/ "Obtus») a provoqué le «syndrome de Florence» au cœur d’Avignon. Palpitant.

Avec "Viola", le jeune chorégraphe Yan Raballand a composé une partition chorégraphique légère  et lourde de sens (avec cette étrange impression que le corps pèse deux plumes) pour nous envoyer des vibrations délestées d’un propos qu’il aurait fallu comprendre.

Dans «Allone#3», Thomas Lebrun a tombé le masque pour nous offrir une danse virtuose qui soulève le cœur de tant de grâce. Elle signe l’exigence d’un chorégraphe prêt à métamorphoser ses questionnements essentiels en mouvement généreux. Rare et précieux.

Avec «Pan Pot ou modérément chantant", le collectif "Petit Travers" a réinventé l'art du jonglage pour en faire l’éloge de l’inattendu où la virtuosité surprend à chaque mouvement comme s’il jonglait avec le liquide.

Christian Rizzo a évoqué ce besoin presque vital de toucher du doigt que la danse est affaire de peau et de mémoire, de vie et de mort. Dans “l’oubli, toucher du bois”, j'ai été propulsé dans un espace quasiment dématérialisé, où l'on navigue entre vie et mort, sens et perte, évanescence et effervescence.

Dans "Zero", Ioannis Mandafounis, Fabrice Mazliah et May Zarhy ont osé chorégraphier des corps sans mémoire: ne restaient plus alors que le déséquilibre et le toucher pour explorer le mouvement à partir d’articulations insensées. Inquiétant et jouissif!

Je n'oublierais pas de sitôt "Tristes tropiques" de Virgilio Sieni. L'épure est ici dans la rencontre avec « l'autre différent »: au point de convergence du symbole et du lien, du rituel et de la tendresse, du jumeau et du frère, du corps animal et de la danse animale.

La différence, l'identité est une recherche du mouvement, à l'image de la danse de Patrick Servius. Dans «Lespri Ko», Patricia Guannel a beaucoup impressionné: c’est une actrice qui danse. Rare.

Dans «Les corbeaux», le chorégraphe Joseph Nadj et le musicien Akosh Szelevényi nous ont fait découvrir l’atelier du «peintre danseur» et du «musicien pinceau» pour y dévoiler le territoire des humains migrateurs qui se perdent dans la forêt pour voler de leurs propres ailes. Sublime.

Le travail de l'épure conduit inéluctablement vers la peinture à l'image du beau et sensible travail de Michel Kelemenis. Dans "Henriette et Matisse" , «le clair de lune» de Debussy a éclairé «les Nus bleus» de Matisse , tous deux complices pour puiser dans nos fragilités les ressorts de notre sensibilité.

Rendez-vous en 2011, pour voir encore de la danse en peinture...

 

Dix oeuvres envahissantes.

Il fallait être Suisse – Allemand pour oser métamorphoser la Cour d'Honneur du Palais des Papes et se payer sa(ses) tête(s). "Papperlapapp" de Christoph Marthaler et Anna Viebrock fut décrié, mais je persiste: jamais ce lieu n'a été aussi génialement occupé pour un spectacle qui m'a fait hurlé de rire et frissonner de peur. 

À la chapelle des Penitents Blancs d'Avignon, le chorégraphe Pierre Rigal a lui aussi transformé le site en salle de concert! Avec son groupe, il s'est autorisé dans «Micro» toutes les audaces pour que son rock chorégraphié soit une révolution. 

Il est allemand et probablement africain. Il nous a quittés à la fin de l'été. Avec  «Via Intolleranza II», Christoph Schlingensief a osé occuper la scène du KVS-BOL à Bruxelles pour y donner un opéra germano-africain totalement fou pour en appeler à la raison: l'Afrique n'est pas à vendre, mais elle peut nous accueillir. 

Personne ne peut la caser et c'est sa chance. Gisèle Vienne a créé une forêt sur scène pour nous embrumer jusqu'à soulever l’humus posé sur des corps violentés. «This is how you will disappear" restera pour longtemps une très belle œuvre théâtrale, chorégraphique et musicale. 

Allait-il oser toucher à «Hamlet» ? Le jeune metteur en scène David Bobée a créé l'événement de la rentrée dernière en proposant une mise en scène branchée avec des acteurs sensibles pour comprendre la folie du pouvoir. Efficace par les temps qui courent. D'autant plus qu'au cours de l'été, Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde avec «Un nid pour quoi faire» nous avaient déjà conté l'histoire d'un roi fou barricadé dans un décor de chalet de montagne. Cette allégorie du système sarkozyste et berlusconien fut spectaculaire, car inattendu dans un paysage théâtral français bien mou à l'égard du pouvoir en place. 

Avec son majestueux théâtre de marionnettes, Grégoire Calliés  dans  «La petite Odyssée" a convoqué petits et grands pour nous entraîner dans la folle histoire des idées où les innovations, l'art et les  conflits s'enchevêtrent à partir d'une mise en scène et de décors qui  ont mobilisé tout notre «sensible disponible”. Notre petit roi n'y fut même pas évoqué... 

Encore une histoire de roi et de reine avec «Bérénice d’après Bérénice de Racine» mis en scène par Gwenaël Morin. Le spectacle, c'est lorsque la langue de Racine se pare des beaux atouts de la modernité: le texte s’envole, se débarrasse de ses oripeaux et nous fait peuple de Rome et de Palestine, garant de la raison d’État et protecteur de l’amour d’un roi pour sa reine! Entre le théâtre de Grégoire Calliés et celui de Gwenaël Morin, il y a eu Simon McBurney. Dans «Shun-Kin», le corps amoureux prend le pouvoir sur la douleur du monde, sur la lente déflagration de nos sociétés individualistes.Un spectacle si beau que l'on  aurait pu fermer les yeux. 

Et puis, en 2010, il y a eu Pina Bausch. Il a fallu en faire des kilomètres pour la voir à Lyon («Nelkein») puis à Monaco («le sacre»). Deux oeuvres majeures où la scène parsemée d'oeillets ou de terre a vu les corps se fracasser d'amour. La danse de Pina Bausch a laissé ses empreintes. 

C'est spectaculaire, croyez-moi.

 

Les artistes fraternels. 

 Il y a eu Angelica Liddell au Festival d'Avignon. LA rencontre. Je pense à elle souvent, à celle qui accueille la souffrance pour en faire un nouveau monde. Elle reviendra en France, mais pas avant 2012. Dans la lignée, je revois la transe de la Portugaise Marlène Freitas dans "Guintche". Elle m'a totalement bouleversé, transpercé: comme avec Angélica, elle est venue nous chercher pour nous gueuler dessus avec tendresse. Dans la même veine, Aude Lachaise dans "Marlon", nous a proposé sa «mayonnaise» pour créer du lien autour du sexe. Jubilatoire.

Je connaissais de nom Fabrice Ramalingom (danseur chez Dominique Bagouet et Mathilde Monnier). Cet été, avec "Comment se Ment ", il nous a offert un beau solo sur la condition humaine. Cet homme est animal. Je l'imagine à ses côtés dans sa recherche de la vérité: Valérie Brancq dans "LB 25 (putes)" est une putain d’actrice qui  transforme la scène en trottoir tandis que défile sur écran géant l’histoire de celles «qui n’en sont pas revenues». Bouleversant.

Il est arrivé seul, face à nous: «Je m'appelle Cédric Andrieux". Ancien de chez Merce Cunningham, son solo orchestré par Jérôme Bel a donné corps à l'engagement du danseur. Poignant. L'américain Zachary Oberzan est venu à Bruxelles nous parler de sa relation avec son frère: l'un est artiste, l'autre sort de prison. La force de "Your brother, remembert? a été de déjouer les statuts (qui est finalement l’acteur, le prisonnier?) pour relier les destins autour d’une histoire commune qui n’est pas loin d’être la nôtre : nous jouons tous notre partition artistique pour échapper au sort que nous réserve notre classe sociale. C'est une superbe partition qu'ont offerte Michel André et Florence Lloret à un groupe d'adolescents des quartiers nord de Marseille. "Nous ne nous étions jamais rencontrés" est une oeuvre théâtrale d’une belle force "politique" où la parole ne s'est jamais perdue pas dans une "sensiblerie" déplacée. Même désir chez Alain Platel et Frank Van Laecke. Dans "Gardenia" , la vie de vieux travestis a été portée sur scène avec talent pour que revive ce cabaret éphémère, pour que le rideau se lève enfin et dévoile un pan entier de l’histoire du spectacle vivant. Majestueux.

Dans «We are the Undamaged Others», Toshiki Okada  a mis en scène la vie banale d'anonymes. Son théâtre chorégraphié nous a tendu le miroir de notre profonde vacuité à parler du bonheur pour ne rien en dire tandis que nos corps malheureux caressent l’espoir qu’une utopie vienne créer le mouvement des possibles. Inoubliable.
Et puis, en 2010, il y a eu William Forsythe. Il a posé sur le plateau du Corum de Montpellier, un château fort gonflable où les spectateurs sont venus sauter (de joie). Il était blanc, couleur de tous les possibles. Nous l'avons repeint en y entrant, alors que sol se dérobait sous nos pas pour que nos désirs de danse prennent forme! Nous avons fait corps avec la danse. Cette utopie démocratique, participative, a positionné l’art chorégraphique comme le seul capable de s’affranchir de nos théâtres en dur, de nos “cités” de la danse.

Si j’ai monté White Bouncy Castle, c’est justement parce que la démocratisation de la danse à l’intérieur d’un théâtre me semble impossible” (William Forsythe).

 

Pascal Bély - www.festivalier.net

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